(18 et 19 avril 1925)
Ce fut un Congrès jeune et ouvrier…
Ce fut un Congrès où l’on travailla…
Ce fut un Congrès où l’enthousiasme fusait sur des déclarations de Foi et de dévouement et non sur des tirades académiques.
Ce fut un Congrès où ne parlèrent que de jeunes travailleurs et les prêtres qui ont toute leur confiance et leur affection…
Qui dira la franchise, la crânerie, la simplicité qui marquèrent tous les rapports, toutes les dis- cussions?
Ah! l’on nous avait dit : Vos Jocistes n’oseront pas ouvrir la bouche… »; ils ont discuté, ils ont donné leur avis et, quand ils ratifiaient un accord, un contrat ou une modification, je vous assure qu’ils savaient ce qu’ils faisaient.
On nous avait dit : « Vous n’aurez pas cinquante présents… »; le samedi soir, nous étions cent nonante venus de partout…, presque tous jeunes ouvriers manuels. On nous avait dit bien d’autres choses pour nous refroidir… mais nous avons cru…, cru non pas comme saint Thomas, mais nous avons cru sans voir, nous avons eu une foi de béton, et le Congrès nous a donné raison.
Ah! cher premier Congrès de notre J. O. C.!…. Qu’il faudrait être éloquent pour redire l’accent irrésistible de certaines phrases jaillies neuves et nues du cœur de tes orateurs, l’intérêt passionné penchant tes centaines de visages vers la tribune, la beauté sincère de tes ovations de jeunes clamant leur fierté, leurs joies, leurs volontés, leurs serments.
Parfois on aurait pu croire que la flamme que notre mouvement a allumée dans le cœur de nos camarades allait agoniser et mourir, que les rêves d’amour et de justice qu’il a fait lever devant eux allaient s’estomper et s’évanouir, que les mots d’Evangile qu’il a lancés comme devise allaient cesser d’être écoutés… Maintenant, que personne ne doute encore, Notre Congrès a vu notre première phalange de pionniers; il a découvert les richesses de courage, d’endurance, de christianisme, contenues dans les âmes de ces jeunes ouvriers de nos corons et de nos ruelles ouvrières de Wallonie.
Cher premier Congrès de notre J. O. C… tu vis dans nos cœurs. Plus d’un d’entre nous s’est donné totalement au Christ dans cette salle, plus d’un s’est avancé plus résolument vers Lui… et, tous, nous avons juré de vivre à la chrétienne, pour n’avoir pas à rougir de notre insigne devant les railleries des autres ou devant nous-mêmes…
Cher premier Congrès de notre J. O. C… tu as marqué l’étape première; regarde-nous : déjà dans nos ateliers, dans nos charbonnages, dans nos bureaux, nous continuons le labeur commencé.
LE SAMEDI, 18 AVRIL.
Près de 150 délégués se trouvaient déjà à la chapelle Saint-Paul de la Centrale Chrétienne du Travail, lorsqu’à 17 h. 15 M. l’abbé Cardijn, après avoir exposé le Saint Sacrement, entonna le Veni Creator.
Après un Tantum Ergo virilement scandé, toutes les têtes s’inclinèrent devant Jésus-Hostie en lui demandant de bénir tout notre Congrès.
* * *
LA PREMIERE SÉANCE DU CONGRÈS.
17 h. 45. Dans la grande salle de la Centrale Chrétienne du Travail, des groupes circulent, d’autres sont déjà assis, d’autres entrent… On entend tous les patois de notre Wallonie. La sonnette une vieille sonnette fêlée, rendant un son de zinc réellement crispant annonce l’ouverture du Congrès.
17 h. 55. Tout le monde est casé. Sur la scène ont pris place: M. le vicaire général Peeters, l’abbé Cardijn, aumônier général de la J. O. C.; MM. les abbés Cardolle, Scarmure, Mortier, Vande Walle; au Bureau F. Tonnet, J. Meert, P. Garcet, F. Degives, A. Conrardy, A. Delcourt, E. Biélande, J. Delannoy.
M. l’abbé Cardijn dit la prière, puis Tonnet ouvre le Congrès en ces termes :
« Faut-il essayer de vous dire, camarades, la joie qui m’étreint en ouvrant, au nom de mes compagnons du Secrétariat général, le premier Congrès de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne? Non, n’est-ce pas? Vous sentez tous, comme moi, la solennité de cet événement, la portée de ce Congrès où, pour la première fois dans l’histoire des œuvres catholiques de ce pays, des jeunes travailleurs se réunissent pour étudier leur programme et forger les outils qui le réaliseront.
» Ce Congrès ne sera pas une parlotte, mais un véritable chantier en activité. Notre mouvement d’ailleurs a déjà pris comme caractère le travail réalisateur qui prépare les demains de justice, de fraternité et de foi. On n’atteint pas cet idéal par des discours ni par de pompeuses déclarations, mais par un travail en commun fraternellement accepté et farouchement poursuivi.
» Nous sommes ici pour cela, venus des coins les plus extrêmes de notre pays wallon; j’espère que vous ne serez pas déçus des travaux de ce premier Congrès, que nous plaçons filialement sous l’égide de la Très Sainte Vierge Marie, la Reine des Apôtres. » (Appl.)
Le Président souhaite la bienvenue à M. le Vicaire Général Peeters de Liége, qui, malgré d’absorbantes occupations, a tenu à nous apporter, ce soir, le précieux encouragement de sa présence. (Applaudissements.)
M. le Vicaire général Peeters. Je reconnais, en effet, que si l’on assiste à votre Congrès, c’est pour y travailler. Je suis venu pour m’instruire et me ranimer à votre contact. Je vous félicite tous, jeunes travailleurs, venus ici pour donner à votre mouvement une base solide.
Ma première impression est très réconfortante et je m’en réjouis; car je suis sûr que vos travaux seront fructueux.
Permettez-moi de vous redire ce soir le vœu que demain dans toutes les églises de la terre, les prêtres rediront après Notre Seigneur : Pax vobis, la Paix soit avec vous!
Oui, mes chers amis, qu’elle soit avec vous, cette paix; paix du Christ dans le règne du Christ. Cette paix, il faut que chacun de vous la possède, dans l’amour de Jésus. Puissiez-vous avoir cette paix en vous, afin qu’en vous elle rayonne, que par vous elle s’étende à tous vos camarades de travail, à tout le peuple, à la classe ouvrière tout entière. Et vous serez imités : parce qu’on verra que vous êtes heureux.
Vous ferez ainsi du bien par l’exemple, mes chers amis, par l’exemple d’une vie pleine de la paix du Christ, et croyez-le, on la contrôle, votre vie. Vous ferez aussi du bien par la parole, par la propagande de votre mouvement, à ceux-là qui vous coudoient chaque jour. Cette paix du Christ en vous doit se répandre autour de vous avec intensité! (Longs applaud.)
I. COMMUNICATIONS
Se sont excusés: MM. le Chanoine Eeckhout, de l’Alliance Nationale des Mutualités; le Chanoine Bentein, de Liége; le Chanoine Brohée, de Louvain; le Chanoine Fayasse, de Liége; l’abbé Picard, aumônier général de l’A. C. J. B.; l’abbé Van Haudenard, Directeur des O. S. de Charleroi; l’abbé Bloquaux, d’Anvers; G. Hoyois, président général de l’A. C. J. B.; le Docteur Wibo.
Le Président signale que, dans les discussions, la parole sera d’abord donnée aux délégués officiels. Il insiste aussi sur le caractère familial du Congrès qui doit mettre tout le monde à l’aise, et demande que chacun dise sa pensée avec franchise et netteté. Les camarades s’exprimant difficilement en français peuvent parler leur patois.
La parole est donnée à P. Garcet, qui propose quelques modifications aux statuts et règlements d’ordre intérieur. La rédaction définitive est confiée au comité général. Nous en publions le texte plus loin.
II. L’ACCORD AVEC L’A. C. J. B.
M. l’abbé Cardyn. Il convient de soumettre à votre ratification également l’acte d’affiliation passé le 29 décembre 1924, entre l’A. C. J. B. et la J. O. C. (voir texte en annexe).
Le premier principe que cet acte pose, c’est que la J. O. C., qui a pour but de faire de l’action catholique parmi les jeunes travailleurs, ne veut pas faire bande à part dans l’organisation nationale de tous les jeunes qui veulent faire de l’action catholique.
C’est pour cela que l’accord conclu dit : 1° que la J. O. C. s’affilie à l’A. C. J. B. à tous les degrés de son organisation locale, régionale et nationale; 2° que le Jociste, par le fait même qu’il est en règle avec la J. O. C. est affilié à l’A. C. J. B. Il est en règle avec elle pour sa carte, pour sa cotisation et pour son insigne. Il est élémentaire cependant, qu’il doit à tous les degrés participer effectivement à l’activité générale de l’A. C. J. B.
Nous voulons que les membres de la J. O. C. deviennent les plus fidèles des A. C. J. Bistes. Il ne s’agit pas seulement d’une affiliation superficielle. Nous devons passer aux actes, afin que dans la Belgique tous ne fassent qu’un bloc : celui de l’Action Catholique. (Accl.).
Lorsqu’il existe des différends entre la J. O. C. et l’A. C. J. B., il faut faire l’impossible pour les faire disparaître. Le Comité National pourra entreprendre toutes les démarches pour régler les difficultés qui surviennent en l’un ou l’autre endroit. De grâce, parce qu’il y a eu des difficultés, que l’on ne s’y attarde pas. Il faut ratifier cet acte d’affiliation. Nous voulons devenir le régiment audacieux qui, dans les usines, dans les ateliers, dans les bureaux fera de l’action catholique, aura cet esprit d’apostolat que nul autre ne peut faire pénétrer dans ces milieux. (Appl.).
Je demande que chacun expose ses griefs. L’A. C. J. B. s’est engagée à promouvoir la J. O. C., et elle a pris l’engagement de nous aider. Ce serait indigne de douter de cette parole. J’envoie le salut fraternel des Jocistes à l’A. C. J. B. (Longs appl.).
III. « LA JEUNESSE OUVRIERE ».
Nous donnons ci-dessous la nomenclature des remarques faites par certains délégués.
Afin d’éviter de longs débats, il n’a pas été répondu à ces remarques, dont plusieurs ne s’appliquaient pas à nos périodiques.
« LA JEUNESSE OUVRIÈRE. »
Ensival demande une réponse aux objections contre la religion, qui ont cours dans les ateliers.
Tonnet, insiste pour qu’on envoie les objections des ateliers au C. N., ce qui ne s’est pas fait suffisamment. Tournai demande des sujets d’apologétique; critique Barthel qui emploie des expressions peu flatteuses pour les patrons.
Teheux, de Liége: Je ne trouve pas les expressions de Barthel si méchantes et irrespectueuses. Les journaux bourgeois ont-ils tant de tact lorsqu’ils parlent des ouvriers et de leurs organisations? ils en font autant. (Appl.)
Demande que le journal soit plus récréatif.
Nivelles réprouve, en raison du sérieux que doivent garder nos organes.
Liége souhaite plus de biographies d’ouvriers. Jemappe demande qu’on parle des syndicats.
M. l’abbé Scarmure: il serait intéressant et même urgent qu’on parle des pensions ouvrières dans le journal. Liége veut plus de narrations de scènes ouvrières.
M. l’abbé Cardyn désire voir des citations à l’ordre du jour de la J. O. C.
Degive, de Namur, souhaite des pages sociales, religieuses, professionnelles, etc.
M. l’abbé Scarmure demande que dans les chroniques on vise un but utile.
Chatelineau: attaquer moins méchamment les socialistes.
M. l’abbé Poncelet désire voir traiter des sujets concernant les mutualités et les écoles professionnelles.
Seraing: se plaint qu’on ne parle pas assez des professions.
Mons: demande « une boîte aux lettres »
Liége: parler des mesures pratiques en cas d’accidents de travail.
Liége, Sainte Foy demande qu’on écarte des spécialités.
J. Meert signale que la propagande du journal n’a pas été menée avec assez de continuité.
Degève, d’Andenne, dit qu’il faut introduire le journal chez les patrons.
Liége, Sainte Foy souligne l’importance de la propagande dans l’usine.
IV. BULLETIN DES DIRIGEANTS.
Jusqu’à présent il s’est limité presque exclusivement aux directives générales indispensables à la mise en route du mouvement. Dans la suite, il sera en plus l’outil spécial de formation pour nos chefs.
La séance est levée.
* * *
LA REUNION DU CONSEIL GENERAL
Après le souper, qui fut accueilli avec un bel appétit, les délégués du Conseil Général se réunissent.
M. l’abbé Cardyn expose le but de cette réunion. Puis l’on fait l’appel des Fédérations.
On passe alors à l’élection du Comité Général dont nous donnons plus loin la composition.
* * *
LA SOIRÉE.
Enfin, à 20 h, 30, M. l’ingénieur Van Remoortel expliqua aux congressistes le fonctionnement de l’appareil à projections que nous comptons répandre dans nos Fédérations.
L’exposé ainsi que les vues qui furent projetées intéressèrent vivement l’auditoire. M. Van Remoortel fut remercié par M. l’abbé Cardyn.
A 21 h. 30, les congressistes, massés en trois colonnes, s’ébranlèrent d’un pas conquérant vers leur logement où ils arrivèrent tous sans encombre, ce qui est évidemment une merveille!
LE DIMANCHE, 19 AVRIL.
A 7 h. 30, les délégués se retrouvèrent en la chapelle Saint-Paul. Au cours de la messe dialoguée, M. l’abbé Belpaire, directeur diocésain des œuvres sociales de l’archevêché de Malines, prononça un sermon très vibrant sur « la Foi vivante et agissante qui doit faire la grandeur de notre vie et de notre organisation ». Après la consécration, M. l’abbé Cardyn distribua la Communion à tous les délégués, qui, avec toute l’ardeur de leur âme, s’unirent à Jésus-Hostie pour demander la grâce de pouvoir s’immoler avec Lui pour le salut de la classe ouvrière.
A la fin de la Messe, le De Profundis fut récité pour le repos de l’âme de notre ami R. Pironnet, tué à son travail.
LA SECONDE SÉANCE DU CONGRÈS.
A 9 h. 15, Tonnet ouvre la séance en souhaitant la bienvenue aux nouveaux arrivés et leur demande d’imiter dans les discussions, la franchise cordiale du samedi. Il donne lecture des télégrammes du R. P. Perquy, de la J. O. C. de Verviers, de Maurice Dôme, de la section de Fléron, du groupe de propagande de l’A. C. J.B. de Bruxelles-Sud.
La parole est donnée à M. l’abbé Cardyn.
Le programme général.
M. l’abbé Cardyn. Hier soir, nous avons adopté nos statuts en leur donnant le dernier coup de pouce; ils constituent la charte de notre mouvement, la loi qui régit notre organisation, et nous avons ratifié nos règlements qui fixent les points de détail de l’organisation générale. Que la discipline soit de plus en plus la caractéristique de notre mouvement qui doit être comme une armée, recevant et exécutant des mots d’ordre! (Appl.).
Hier soir, votre Comité National, élu par vous, s’est réuni en première séance. Ce sont ses membres qui doivent porter la responsabilité de notre mouvement. Je suis votre interprête auprès d’eux pour leur témoigner en votre nom l’attachement le plus parfait et la confiance que vous avez en eux dès ce jour. (Appl.).
Il faut que ce matin nous adoptions notre programme. Il doit devenir un drapeau que nous allons déployer à travers la Belgique. Que chaque délégué prenne l’engagement d’étudier ce programme. Demain, devant les autorités publiques de notre pays, vous devrez pouvoir attester qu’il y a un programme général adopté par la Jeunesse Ouvrière pour son relèvement et pour son émancipation réelle.
Notre programme n’est pas une proclamation lancée contre les socialistes, ni contre les communistes; ce n’est pas non plus un programme négatif, mais bien positif, pour des revendications positives. Il faut qu’on puisse comparer programme à programme. Il faut que nous, Jocistes, nous puissions dire demain, de notre programme, qu’il est le plus beau, le plus grand, que c’est le manifeste le plus impressionnant pour la sauvegarde des droits des jeunes travailleurs. Il constitue le moyen le plus approprié pour la protection des premières années de vie du travailleur. (Appl.).
La J. O. C. ne ressemble pas, comme quelques-uns à tort le pensent, à une Fédération de patronages, à une fédération de gymnastiques ou de dramatiques. Non. La J. O. C. est un groupement social, qui doit servir à l’organisation sérieuse, normale, de notre société.
L’industrie, le commerce et la finance, toute notre vie économique moderne a besoin d’une organisation sociale de jeunes travailleurs, qui puisse dans toutes les difficultés se mettre au service des jeunes travailleurs, qui constitue dans notre société une force qui puisse obvier aux difficultés, aux tentations, aux causes de déchéance, aux causes d’exploitation auxquelles sont exposés les jeunes ouvriers.
Il faut que vous compreniez que la J. O. C. se distingue de l’A. C. J. B., en ce que la J. O. C. applique d’une façon concrète les grands principes d’action catholique aux besoins des jeunes travailleurs. A côté du point de vue religieux, nous avons un programme de relèvement social du jeune travailleur. Il faut de plus en plus que vous sachiez prouver par l’étude de votre programme que sa réalisation exige une organisation autonome conduite par les jeunes travailleurs. La J. O. C. formé donc dans l’ensemble de la Jeunesse catholique, un département voulant adapter aux réalités de la vie des jeunes travailleurs le grand programme de la sociologie chrétienne. (Vifs appl.).
Permettez-moi de rencontrer dès le début de cette discussion au cours de laquelle tout le monde doit dire son avis, des objections faites à notre programme. Si vous ne voulez pas le programme, rejetez-le, mais il faut absolument qu’il soit fait selon les exigences de votre vie. Une première objection est celle-ci : Le programme général ne peut être exécuté par les jeunes travailleurs seuls. Je réponds : en vérité, nous le reconnaissons; si les jeunes travailleurs ne constituaient que leur seule organisation, s’ils devaient par leur seule force réaliser ce programme de revendications, de défense; oui, la J. O. C. est incapable de le faire.
Mais la J. O. C. a le devoir de proposer à l’organisation générale de la classe ouvrière chrétienne, dont elle est un organe, à la Ligue des Travailleurs Chrétiens, à la Confédération des Syndicats, à l’Alliance des Mutualités, à toutes ces organisations, quels sont ses points de vues, ses désirs pour ce qui regarde la vie, le travail et les besoins des jeunes travailleurs.
On a reproché au programme général d’être sur certains points extrémiste. Il y en a qui l’ont caractérisé comme teinté de socialisme. Je réponds: Nous ne regardons ni le parti socialiste ni le communisme, mais l’âme et la destinée de nos jeunes travailleurs, de nos jeunes ouvriers chrétiens. Pour que cette âme puisse s’épanouir, il faut que toutes les revendications puissent, lentement, méthodiquement, mais énergiquement se poursuivre; parce que leur âme n’est pas indépendante de leur corps, que leur vie spirituelle est liée à leur vie de travail, que pour nous l’âme d’un apprenti, d’une apprentie vaut autant que l’âme d’un enfant de millionnaire. (Appl.).
Comme base de notre programme, comme fondement de nos revendications, comme source d’éducation, nous posons solennellement le grand principe de la responsabilité sociale.
Discours du R. P. Rutten.
Le R. P. Rutten entrant à ce moment dans la salle est acclamé par tout le Congrès et prend place au Bureau. Tonnet lui souhaite la bienvenue en l’assurant des sentiments de profonde gratitude que les jeunes ouvriers chrétiens d’aujourd’hui ont pour lui, qui fut le courageux promoteur du mouvement syndical chrétien dans notre pays.
Le R. P. Rutten. Je suis vraiment navré de me trouver dans l’impossibilité d’assister à vos travaux au cours de ce Congrès, mais avant de partir pour la Hollande, je tiens à vous apporter ici, le salut enthousiaste de vos « aînés ». Vous êtes notre espoir, notre réconfort, notre orgueil. Ce que nous avons pu faire, nous l’avons fait pour vous, vous qui devez creuser le sillon que nous avons tracé dans des terres ingrates.
Au cours de cette journée, vous recevez bon nombre d’enseignements et de conseils, mais qu’il me soit permis de vous en donner un seul : Je voudrais que vous fussiez tous imprégnés de cette vérité, qu’il faut accroître en vous la connaissance de N.-S. Jésus-Christ. Après avoir été l’espoir des siècles passés, Il reste le signe de contradiction des temps présents. On est pour ou contre Jésus. Les jeunes gens qui pensent que l’Evangile n’est écrit que pour les prêtres et les religieux, et qui ne prennent pas la peine de lire et de relire les paroles de Notre-Seigneur, ces jeunes gens-là ont une foi qui est assise sur des sables mouvants. Je n’obtiendrais de vous que cette promesse de lire quelques pages de l’Evangile au moins tous les dimanches, je m’en irais heureux, car l’amour du Christ grandirait en vous, et cet amour du Christ vous défendrait mieux que toutes les discussions, que toutes les répliques.
C’est au Christ qu’il faudra penser demain, lorsque vous vous sentirez seul à aimer, à défendre. Votre mission est sublime. Que ce soit en Lui et avec Lui que vous luttiez!
Il faut évidemment vous attendre à beaucoup de difficultés, à beaucoup de déboires, de désillusions. Je dis tant mieux! Ce n’est pas à vous qu’il faut le dire : un monde sans dangers, sans contradictions, est un monde morne. Le monde où nous sommes veut des tempéraments forts, des lutteurs de première force, des sacrifices qui rendent la vie digne d’être vécue. Dieu l’a voulu. C’est précisément des sacrifices, des adversités que l’Eglise tient sa force au milieu de la lutte, et si nous sommes chrétiens aujourd’hui, n’oublions jamais que nous le devons à tous ceux qui ont souffert et qui sont morts pour que le Christianisme vive.
Mes amis, nous avons depuis plus de 25 ans espéré une chose, qui enfin se réalise en vous: avoir une jeunesse chrétienne organisée qui sente la grandeur de notre doctrine sociale. Notre vie, qu’elle soit obscure ou glorieuse, ne vaut que par la cause que nous aurons servie et à laquelle nous nous sommes donnés. Après nous il ne reste que la vérité que nous aurons montrée aux autres. Mes amis, nous comptons sur vous. (Appl. nouris.).
Une pause de quinze minutes permet aux congressistes de souffler… On en profite pour signaler au Bureau la présence dans la salle de M. l’abbé Six, Directeur des œuvres sociales du Nord, et du R. P. Danset, de l’Action Populaire à Paris.
Après les souhaits de bienvenue, la parole est continuée à M. l’abbé Cardyn :
Le programme général (suite).
M. l’abbé Cardyn. Le libéralisme a fait disparaître dans notre société l’idée de responsabilité,
Le socialisme n’admet pas cette idée basée sur une morale qui tient compte des destinées éternelles des ouvriers. Les socialistes disent : « Ouvriers, vous êtes les plus nombreux, les plus forts: unissez-vous et vous imposerez votre volonté. »
C’est pour cela que la J. O. C. commence par mettre à la base de son programme l’idée de responsabilité sociale. Nous disons : les travailleurs ont une destinée éternelle, il n’est pas possible de séparer l’âme du corps ni du milieu social dans lequel ils vivent. Parce que les jeunes travailleurs, par leur âge, par leur inexpérience juvénile, sont exposés à deux points de vue : à cause de la mauvaise organisation du travail et à cause de leur manque de formation; ils sont plus menacés que les ouvriers adultes de se perdre.
Et alors nous concrétisons: la J. O. C. veut d’abord rappeler aux parents les devoirs qu’ils ont vis-à-vis de leurs enfants, dont ils sont responsables en conscience, devant Dieu.
La J. O. C. dit aux patrons: halte-là, il ne suffit pas de payer un salaire. Le travailleur a une âme qu’il a le devoir de sauver. En acceptant ce jeune travailleur dans votre usine, dans votre atelier, dans votre bureau, que vous le vouliez ou que vous ne le vouliez pas, vous êtes responsable de sa déchéance morale, intellectuelle et religieuse si vous n’avez pas pris toutes les précautions nécessaires pour empêcher cette déchéance.
Aux pouvoirs publics, aux autorités sociales, nous disons : du fait de votre mandat, vous avez les responsabilités réelles vis-à-vis des jeunes travailleurs.
Vous, administration des chemins de fer. vous devez protéger les jeunes ouvriers sur les trains, dans les gares, sur les quais. Vous êtes responsable de la déchéance et de la dégradation morale qui sont la suite de votre manque de surveillance. Vous, autorités publiques de tous les degrés, vous êtes responsables des déchéances qui sont la suite des provocations publiques à l’immoralité que vous tolérez. (Appl.).
Et nous ajoutons : pratiquement, les parents, à l’heure présente, les patrons, l’Etat, les autorités sociales sont impuissants à assumer seuls la tutelle, la formation, la protection des jeunes ouvriers, si les jeunes travailleurs restent éparpillés, sans organisation, qui puisse elle-même. parler et agir, soit dans les trains, soit dans les usines, dans toutes les circonstances qui intéressent la vie et l’avenir des jeunes travailleurs.
La J. O. C., d’autre part, a aussi ses responsabilités sociales, d’où découle son rôle éducatif. Notre programme contient tout un ensemble de réformes qui regardent la vie professionnelle des jeunes travailleurs.
Nous demandons, au point de vue moral comme au point de vue religieux, que l’éducation scolaire tienne compte de la vie professionnelle future de l’élève, qu’il soit tenu compte de la valeur du travail, et qu’on en développe l’idée chrétienne.
Cela nous amène à lutter contre la neutralité scolaire.
Au point de vue professionnel, l’école doit permettre aux élèves qu’on puisse les aider dans : a) le choix du métier; b) dans le choix d’un patron.
Pendant les derniers mois de l’année scolaire, il faut que l’activité des sections de J. O. C. s’oriente vers la propagande dans les écoles en vue du recrutement des jeunes apprentis avant l’entrée au métier.
M. l’abbé Cardyn résume alors d’une façon succincte tous les articles relatifs à la stabilité du travail, à l’apprentissage et à l’enseignement professionnel, à la sécurité du travail, à l’hygiène et à la propreté, à la pudeur au travail, à la durée du travail, au travail de nuit et du dimanche, aux travaux pénibles et dangereux, au salaire des adolescents et à la situation des jeunes employés.
Discussion.
L’APPRENTISSAGE ET L’ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL.
Visé : fait remarquer que les jeunes manoeuvres gagnent plus que ceux qui apprennent un métier qualifié. De ce fait l’apprenti se décourage. D’autre part, les jeunes travailleurs qui apprennent leur métier en dehors de leur ville, changent très souvent de métier sans que les parents en soient avertis. Il faudrait que les patrons ne puissent pas accepter ces changements souvent très peu motivés, sans l’assentiment des parents.
Charleroi : signale que dans leur ville les patrons de certaines industries payent une gratification aux ouvriers qui suivent des cours professionnels.
Verviers : les cours professionnels sont forts encouragés par les patrons.
Jemappes : soutient que le jeune apprenti doit savoir se sacrifier pour l’apprentissage d’un métier, même s’il est lésé au point de vue pécunier. En fait, il n’existe pas de perte, parce que en raison de l’apprentissage de ce métier, il aura acquis des connaissances qui seront bien rétribuées par la suite.
Herstal : signale qu’en ce qui concerne les apprentis mouleurs ils sont obligés d’exécuter des travaux qui ne sont pas de leur force.
Mouscron : demande que l’administration des chemins dé fer installe des cours pour les jeunes employés dans les grands centres et arrange le service en conséquence.
Féd. Liége : il faut généraliser l’enseignement professionnel. Il est à remarquer que le système du travail par équipe ne favorise pas toujours les J. T. qui suivent des cours; il y aurait donc lieu d’inviter les patrons à donner des facilités à leurs jeunes ouvriers pour suivre les cours et arranger le travail d’équipes en conséquence.
M. l’abbé Cardolle signale qu’à Liége 80 p. c. des J. O. Cistes suivent des cours professionnels. La jeunesse profite donc avantageusement de la loi des huit heures.
Bielande, de Charleroi, signale que: aux usines Métallurgiques du Hainaut sur production d’un certificat de l’Ecole Professionnelle il est donné des facilités aux J. T. De même à l’Usine Solvay on encourage pécunièrement les J. T. suivant des cours.
M. l’abbé Thomas, de l’Institut St Laurent, de Liége, a pu constater que le travail par équipe empêchait les J. T. de suivre les cours du soir.
Delgrange, de Jemappes, demande qu’on réprouve les cours du dimanche; trop souvent nos écoles industrielles, par leurs cours du dimanche matin, empêchent les jeunes gens d’assister aux offices, et font ainsi le jeu de la Franc-Maçonnerie. (Appl.)
Dour : appuie la remarque faite ci-dessus et signale que chez eux les cours se donnent de 8 heures à 12 heures, de sorte qu’il est difficile d’assister à la sainte Messe.
Namur : appuie également et signale que l’école industrielle de la ville ne tient aucun compte de la messe du dimanche.
Mons : que les catholiques créent des écoles professionnelles où l’enseignement religieux aurait sa place et ainsi nous réaliserons un bien immense pour les jeunes travailleurs. (Appl.)
SÉCURITÉ DU TRAVAIL.
Couillet : demande qu’on puisse contrôler les assurances qui sont allouées en cas d’accident de travail. Il y aurait lieu que la J. O. C. entreprenne l’initiation aux taux d’indemnités afin que nos jeunes travailleurs sachent les mesures à prendre en cas d’accident.
Salessin : demande que les parents soient avertis lorsque leur enfant commence le travail aux machines. La loi ne vise pas assez cette éventualité.
Liége : demande que la J. O. C. mette les jeunes au courant des mesures préventives contre les accidents de travail; qu’elle réclame les boîtes de secours dans les ateliers où il ne s’en trouve pas.
PUDEUR AU TRAVAIL.
Herstal : demande qu’on insiste près des organisations d’adultes afin que les ouvriers respectent plus les jeunes travailleurs.
Liége : demande que l’on veille à ce que les nettoyages des bureaux se fassent après les heures du travail, en vue d’éviter les occasions mauvaises.
Mouscron : attire l’attention des Jocistes qui travaillent au chemin de fer afin qu’ils exercent une surveillance active dans les trains,
M. Cardyn : à ce point de vue, signale l’initiative prise par la Fédération de Namur, qui introduisit une requête à l’administration des chemins de fer du Nord aux fins d’obtenir des wagons spéciaux pour les jeunes ouvrières.
Liége : demande si de pareilles initiatives ne peuvent être prises en collaboration avec l’A. C. J. B. Oui..
Seraing : signale que dans bon nombre de bureaux on emploie de nombreux gamins de bureaux pour les courses; or on peut constater que ceux-ci courent le danger de se perdre en trainant les rues; d’autre part il faudrait que la J. O. C. détourne ses membres de ces emplois de « fainéants ».
Verviers : demande que les gardes-convois du chemin de fer soient plus sévères. Il ne faut pas commettre l’erreur de dire que ce sont toujours les jeunes ouvriers qui se méconduisent dans nos trains. J’ai pu constater maintes fois que des étudiants se livraient dans nos compartiments à des actes de vandalisme scandaleux.
Mouscron : attire l’attention sur le fait qu’il n’y a pas seulement que sur les trains que notre action d’assainissement peut avoir de l’influence, mais aussi sur les transports par auto ou voitures spéciales.
Verviers : signale qu’il serait heureux de voir les yoyageurs de commerce adopter une conduite plus morale. (Rires).
TRAVAUX DANGEREUX.
M. Cardyn : il ne faut point seulement classer sous cette rubrique les métiers dangereux pour le corps, mais aussi ceux qui sont dangereux pour l’âme. On signalait tantôt les fonctions de ces garçons de bureaux. On n’a aucun souci de la conduite et des suites fatales que peuvent avoir pour l’adolescent ces nombreuses heures de liberté en ville et dans tous les quartiers. Nous devons aussi classer dans cette catégorie l’emploi de porteurs de dépêches, qui doivent se rendre dans tous les milieux, sans souci de leur âge; de même tous ces jeunes que l’on emploie dans les tea-rooms, les théâtres, les dancings, les maisons de nuit. Qu’y a-t-il pour la défense matérielle et morale de ces jeunes travailleurs? Nous devons faire campagne pour que nos jeunes travailleurs ne choisissent pas ces « métiers » qui n’en sont pas, car ce n’est pas là une vraie profession.
Liége : demande que l’on touche l’administration des P. T. T. M. pour que les garçons télégraphistes ne soient pas obligés de se rendre dans les quartiers mal famés; il faut que cette mission soit confiée aux adultes.
Jemappes : souhaite l’abandon par nos jeunes gens de l’emploi de porteur de télégrammes.
DURÉE DU TRAVAIL.
Mouscron : souhaite que nous arrivions à obtenir que les jeunes ouvriers ou employés de l’Etat ne travaillent pas de nuit avant 20 ans.
Couillet : cette revendication peut également s’appliquer aux usines ou ateliers qui ne sont pas de l’Etat.
REMARQUES GENERALES.
Liége : signale que les jeunes employés ne peuvent cumuler leur emploi avec celui de contre-maître où ils se voient dans l’obligation de commander les ouvriers sans avoir la compétence ni les aptitudes nécessaires.
M. Scarmure : nous devons arriver à collaborer avec les instituteurs, créer des réunions sociales dont le but serait d’attirer l’attention de ceux-ci sur le côté social de leur mission. Je propose que la J. O. C. se rende dans les écoles normales, que les inspecteurs ecclésiastiques et libres soient touchés par la J. O. C. Répandons dans les collèges la mentalité sociale, que les Directeurs des O. S. y soient invités à exposer les principes. Et même dans nos Universités, pourquoi pas? (Appl.) Verviers au chemin de fer les employés ont droit à 15 jours de congé par an, pour les ouvriers ne peut-on avoir les mêmes avantages?
Binche : les employés sont délaissés au point de vue social. Il faudrait y remédier.
Le programme général (suite).
M. l’abbé Cardyn expose ensuite le rôle éducatif de notre groupement.
Premier principe : Ce qu’il est indispensable de reconnaître, ce qu’il faut faire admettre par l’opinion publique, c’est que l’éducation, la formation du jeune ouvrier doit être continuée. Il est absurbe de prétendre que les jeunes ouvriers sont suffisamment formés pour atteindre leur destinée, par le fait qu’ils ont fréquenté l’école primaire. Il est indispensable de continuer cette formation.
Deuxième principe : Cette formation est impossible sans organisation qui s’occupe de généraliser et d’adapter aux besoins des jeunes travailleurs les principes de formation sociale, morale et religieuse.
Troisième principe : Si nous voulons arriver à continuer normalement cette formation, il faut promouvoir partout l’organisation des jeunes ouvriers: la J. O. C., qui seule peut prendre en main l’éducation des jeunes ouvriers. Les pouvoirs publics ne peuvent organiser cette formation.
Quatrième principe : Notre organisme doit former une élite pour la masse et la masse par l’élite et par ses différentes institutions.
Formation de l’élite : Je demande que dans toute section, notre premier but soit : de former des dirigeants, des chefs au point de vue moral, intellectuel, religieux, de manière à ce que nous ayons des apôtres partout. Cette formation des chefs doit se faire dans le C. E. approprié aux jeunes travailleurs, où ceux-ci se sentent entre eux, et participent, chacun individuellement, à l’activité. Les charges sont des moyens de formation.
Cette formation ne se limite pas à la théorie. Si déjà nous avons trouvé des chefs, des apôtres, ce n’est pas seulement parce que nous avons les C. E., mais bien parce que nous avons mis cette élite au service de la masse, et que nous ne nous bornons pas à former des dirigeants seulement par la théorie. Il faut apprendre à agir, il faut dès l’âge le plus jeune, donner une responsabilité aux membres de nos sections de J. O. C.
Formation de la masse : Il faut que la J.O.C., par ses réunions, par ses services, par la formation qu’on y donne, poursuive d’une façon méthodique la réalisation d’un plan d’ensemble. C’est ainsi que nous formerons la masse. Pour cela nous demandons à tous ceux qui ont une autorité sociale de reconnaître la nécessité de l’unité, de l’autonomie de ce mouvement général. Il faut, si nous voulons faire l’éducation du jeune ouvrier, qu’on respecte les liens organiques qui relient les sections aux Fédérations Régionales et celles-ci à la Fédération Nationale, afin que cette dernière soit véritablement le porte-parole de la jeunesse ouvrière de Belgique. Comprenons tous que nous ne pouvons séparer, pour les jeunes ouvriers, la formation religieuse de la formation morale, sociale, économique et professionnelle, ni l’instruction théorique religieuse, de l’organisation sociale. Vouloir d’un côté réserver à une organisation la formation religieuse et à une autre la formation sociale, serait un crime. (Vifs appl.).
Que dans toutes les sections l’Epargne soit organisée; que chaque section ait sa caisse dEpargne; que chaque membre ait son carnet. L’éducation de la prévoyance est nécessaire. Nous collaborerons ainsi à l’extension de la puissance de l’organisation financière chrétienne de la classe ouvrière.
Nous avons mis une annexe à notre programme, parce que, regardant au delà de nousmêmes, nous croyons à la nécessité de porter aide et soutien à l’organisation des jeunes ouvrières.
Nous voulons aussi grouper dans une organisation puissante les jeunes ouvrières d’aujourd’hui, nos épouses, nos mères de demain.
Sans doute, c’est à la J. O. C. F. qu’il appartient de tracer son programme; mais avec l’appui, l’exemple de la J. O. C. (Vifs appl.).
La conclusion de ces applaudissements, c’est que vous-mêmes vous respecterez la jeune ouvrière. Partout où se trouvent des sœurs de travail, vous les préserverez de l’entraînement au mal, et serez leurs défenseurs contre les vicieux qui rabaissent la jeune ouvrière au niveau le plus bas et en font la victime de leurs passions. (Applaud.).
Vous aurez, vis-à-vis d’elles, la réserve, la pudeur dans le geste, dans l’attitude, dans la parole, afin qu’elles vivent dans la vertu à l’exemple de celle qui fut Vierge et Mère, de celle qui fut la Reine des Apôtres et sous l’égide de laquelle nous avons placé notre Congrès. (Longues acclamations).
Discussion.
Teheux : Les Fédérations doivent avoir des rapports avec l’École Centrale Supérieure pour Ouvriers de Louvain, où nous devrions tâcher d’envoyer des camarades. Andenne (Degève) demande que le Secrétaire ou les sections. fassent parvenir le numéro spécial du B. D. aux instituteurs.
Liége : ne pourrait-on organiser des conférences aux instituteurs?
Couillet : au sujet des vacances des J. T., le secrétariat général ne pourrait-il envisager la possibilité de créer une société sans but lucratif en vue de constituer les fonds nécessaires à l’achat d’une maison de vacances pour nos membres? (Appl.)
M. l’abbé Vandewaele : A propos de service militaire, il ne faut pas que nous portions les membres à se soustraire au grade de caporal. Les caporaux ont certainement de l’influence, et peuvent ainsi faire beaucoup de bien.
Mouscron : Beaucoup de nos jeunes travailleurs vont en France dans le Nord; il serait désirable que la J. O. C. se mette en rapport avec les organismes français. (Appl.)
M. l’abbé Belpaire : insiste sur l’importance du cercle d’études dans les sections. Il faut faire en sorte qu’il soit attrayant et pour cela il faut : 1) que chaque membre ait en dehors du C. E. une charge à remplir pour qu’il s’apprenne à faire de l’apostolat; 2) que le prêtre ne joue pas dans le C. E. le rôle de professeur. La méthode est différente. Il faut faire attention aux principes de l’éducation mutuelle. L’éducation doit viser à former des dirigeants de J. O. C.
LE DINER
La plus grande animation régnait dans la salle du dîner. Les tables avaient reçu une décoration florale du meilleur goût, l’argenterie démocratique mariait son éclat sobre aux éclairs vifs des cristaux… Des fleurs sur toutes les tables, et autour de ces tables et de ces fleurs circulaient, affairées, de discrètes jeunes filles enfouies dans de vastes tabliers…
Disons toute de suite qu’elles accomplirent leur mission à la perfection et qu’elles ont droit à nos remerciements chaleureux.
A la table d’honneur prirent place: l’abbé Six et le R. P. Danset, l’abbé Belpaire, Henry Pauwels, Jean Schellekens, président général de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne flamande, Louis Tordeur de l’A. C. J. B., ainsi que les prêtresdirecteurs des Fédérations de J. O. C. et les membres du Comité Général.
Tonnet annonce que pour suppléer à l’absence de vin, la jeune éloquence va couler à flots. Il salue l’abbé Six et le P. Danset en brossant à grands traits le champ de leur activité. Il soubaite que bientôt se lève en France une J. O. C., à laquelle nous tendons à l’avance une main fraternelle. (L’auditoire applaudit bruyamment et entonne la Marseillaise).
L’abbé Six rappelle qu’il y a plus de trente ans il vint souvent à Liége s’initier à l’action sociale auprès des maîtres de l’Ecole de Liége. Il rend hommage à la mémoire de Mgr. Pottier, et promet tous ses efforts pour le lancement d’une J. O. C. française. (Appl.)..
Le R. P. Danset se dit heureux de constater que l’Action populaire est si bien connue en Belgique et remercie le Congrès de l’accueil si chaleureux réservé aux représentants du mouvement social de France. (Appl.).
On entend alors successivement notre ami Conrardy, qui boit à la santé du clergé s’occupant de la J. O. C.
M. l’abbé Beyls lui répond.
Puis notre ami Teheux boit à la santé de I’A. C. J. B. Il le fait en patois liégeois. Notre ami Tordeur lui répond. Delannoy s’adresse à nos camarades flamands.
Jacques Meert porte le toast au mouvement social de Belgique.
L’abbé Belpaire, en termes pittoresques, lui répond. L’auditoire l’ovationne longuement.
Enfin, Biélande boit à la santé de la J.O.C.F. et remercie les demoiselles qui ont si merveilleusement assuré le service.
* * *
L’ASSEMBLEE GENERALE
14 h. 30. La grande salle est archi-comble d’une jeunesse ardente… De-ci de-là, quelques aînés, venus encourager les jeunes. Nous citons: Mlles Baers, Cappe, De Roo, du mouvement social féminin; le R. P. Jacobs, de la maison de retraite de Fayt; l’avocat Kebers, M. Biermé, secrétaire de la Ligue pour le Relèvement de la moralité publique.
Après que Tonnet eut souhaité la bienvenue à tous, et en particulier à M. l’abbé Verpoorten, inspecteur de l’enseignement professionnel, et à M. l’abbé Van Noten, directeur des œuvres sociales de Malines, il donne lecture des télégrammes envoyés à Sa Sainteté Pie XI, au Roi, à son Eminence Cardinal Mercier et à NN. SS. les Evêques,
Télégramme au Pape :
400 délégués, jeunes travailleurs réunis en premier Congrès général de la J. O. C., demandent humblement au Souverain Pontife la bénédiction pour leur mouvement et leurs travaux, et expriment leur volonté irrévocable de ramener au Christ et à l’Eglise la classe ouvrière de Belgique.
Télégramme au Roi.
400 délégués, jeunes travailleurs chrétiens présentent à Sa Majesté le Roi, l’hommage respectueux de leur loyalisme chrétien et Lui expriment leur volonté unanime de servir toujours les intérêts les plus sacrés de la Patrie.
Au Bureau ont pris place: Mlle Staus, présidente générale de la J. O. C. F.; Henry Pauwels, secrétaire général de la Confédération des Syndicats Chrétiens; Ph. Gérard, vice-président de l’A. C. J. B.
M. l’abbé Cardolle, directeur des O. S. de l’arrondissement de Liége, expose avec clarté et méthode le nouveau système des pensions qui entrera en vigueur le 1er janvier 1926.
La parole est donnée à J. Meert, secrétaire général. Son arrivée à la tribune est saluée par une salve d’applaudissements qui traduit les sentiments d’attachement des Jocistes à leur inlassable militant.
LE RAPPORT MORAL
Le camarade Jacques Meert trace d’abord rapidement l’histoire du mouvement reproduite en tête du manuel. Puis il expose la tâche accomplie.
1. L’organisation centrale.
Depuis juillet 1924, les propagandistes du Secrétariat général ont fait plus de 300 réunions en province; que de démarches aussi, et quelle correspondance!
LE JOURNAL avait élargi son titre, dès avril 1924, pour devenir : « La Jeunesse Ouvrière ». Depuis décemà bre, il paraît deux fois par mois et son tirage passe 8.000 exemplaires. La rédaction s’enrichit de collaborateurs de toute première valeur, et des travaux toujours plus intéressants de nos camarades eux-mêmes. De plus en plus, avec ses douze pages agréablement illustrées, son caractère vivant, éducatif, fièrement ouvrier et profondément chrétien, le journal est attendu avec impatience, lu avec avidité, discuté longuement aux réunions, conservé enfin par nos camarades ou utilisé pour la propagande à l’atelier, à l’usine, au bureau.
LE CONCOURS DE PROPAGANDE, organisé par le S. G., amène la citation à l’ordre du jour du camarade Gustave Dufossez, de Braine-l’Alleud, qui a récolté à lui seul 125 abonnés (chaleureux applaudissements), suivent: Cordier et Houtier, de La Louvière; Vercken, de Verviers; Verhelle et Dubois, de Leuze; Grouy, de Mons, etc.
Le classement par sections campe en tête La Louvière avec 169 points. Suivent Liége (Salésiens), Châtelineau, Braine-l’Alleud, Namur (Institut Technique), Verviers (Ste-Julienne), Templeuve, Charleroi-Nord, Leuze, etc.
Les fédérations se classent: Liége, La Louvière, Charleroi, Nivelles, Waremme, Namur, Tournai, Verviers, etc. Cette propagande devra encore avoir son propagandiste et chef responsable.
UN BULLETIN POUR DIRIGEANTS paraît dès le mois de juillet 1924. Dactylographié d’abord, il est imprimé maintenant à 1.000 exemplaires, servi gratuitement aux présidents de fédérations et de sections. Les prêtres-directeurs et les autres dirigeants s’y abonnent.
Jusqu’à présent, il a donné surtout des directives d’organisation générale. Dans l’avenir, il sera, en plus, le guide pour la formation et l’action de nos propagandistes, de nos chefs.
LA BIBLIOTHÈQUE CENTRALE comporte 1.000 volumes, presque tous ‘spéciaux et récents. Un service de prêts est organisé, permettant l’envoi de livres aux sections pour une période de six semaines.
LA DOCUMENTATION est constituée par une cinquantaine de journaux et revues, dépouillés et classés.
Une série de CONFERENCES AVEC PROJECTIONS est en préparation, suivant un procédé tout nouveau qui permettra à tous nos groupes d’en profiter aisément et à peu de frais.
Le S. G. a édité tous LES IMPRIMÉS nécessaires aux fédérations et aux sections. Une série de BROCHURES et de TRACTS est en préparation.
LE SERVICE DE LIBRAIRIE fait profiter nos amis de remises importantes par la concentration des commandes. Ce service aide également, par ses conseils, la constitution des bibliothèques régionales et locales.
Le S. G. a assuré également l’organisation des RETRAITES FERMÉES et des RECOLLECTIONS régionales. Le choix judicieux du prédicateur, les détails d’organisation, souvent importants quant au succès, exigent une centralisation.
L’ADMINISTRATION CENTRALE est maintenant solidement assise et assumée par deux permanents.
2. L’action générale.
Parmi LES INITIATIVES GÉNÉRALES de la J. O. C.. la plus importante est sans doute L’ORGANISATION DES JEUNES SUR LE TERRAIN PROFESSIONNEL.
Des pourparlers avec les Centrales syndicales chrétiennes et la Confédération ont abouti à un programme d’organisation des jeunes avec un barême de cotisations et des avantages spéciaux, et par lequel la J. O. C. prend la responsabilité de la propagande syndicale parmi les jeunes, de l’action dans le domaine des intérêts spécifiques des jeunes travailleurs (orientation professionnelle, éducation syndicale, sociale et générale des jeunes syndiqués.
Un accord est conclu, dans ce sens, avec la Centrale des métallurgistes. Des pourparlers sont en bonne voie avec le syndicat des ouvriers de fabrique et celui du bâtiment. Avant peu de temps, la question sera au point pour toutes les centrales syndicales. Nos amis de Liége et de Charleroi en sont déjà aux réalisations.
Le progrès considérable, depuis la guerre surtout, des assurances sociales et particulièrement de LA MUTUALITE, n’a pas été perdu de vue. Dès novembre 1923, nous consacrions une journée d’études, à Bruxelles, au problème : « La Mutualité et les Jeunes ». Il se pose d’une façon assez semblable à celle des syndicats. Le Bulletin des Dirigeants en a reparlé depuis. Quelques-unes de nos sections, Gilly-Haies en tête, ont créé des « Jeunesses mutuellistes ». Bientôt, d’accord avec l’Alliance nationale des Mutualités chrétiennes, des directives générales sont arrêtées et l’action de nos groupes accentuée dans ce sens.
En conclusion du rapport de M. l’abbé Cardolle sur la nouvelle LOI DES PENSIONS DE VIEILLESSE une campagne vigoureuse sera entreprise dès le mois prochain.
La J. O. C. a pris sa place aussi et ses responsabilités dans L’ORGANISATION GENERALE DE LA JEUNESSE CATHOLIQUE (A. C. J. B.). Dès avant la constitution de la Fédération nationale, la collaboration existait partout et la « Jeunesse Syndicaliste » de Bruxelles fut représentée, dès le début au Conseil régional de l’A. C. J. B.
Nos statuts, définitivement adoptés maintenant par le Congrès, établissent nettement les rapports des deux organisations. Les modalités pratiques sont longuement discutées et fixées dans l’accord définitif, paru dans « L’Effort » et dans notre journal du 15 janvier 1925. Faut-il rappeler la participation de la J. O. C. au Congrès de Charleroi où sa section groupe le plus grand nombre de participants? Pendant le mois de mars, la J. O. C. assure la communion perpétuelle dans l’A. C. J. B.
Nous sommes représentés officiellement au Conseil général de l’A. C. J. B., et Fernand Tonnet est membre du Comité général. Nos règlements d’ordre intérieur règlent la collaboration au degré régional et local, et, partout, elle se réalise fraternellement. Les rares difficultés surgies ça et là, ont été applanies ou le seront bientôt. Ces difficultés éventuelles devront, dans la suite, être soumises « obligatoirement et sans retard » au Comité général de la J. O. C. et solutionnées de commun accord avec le Comité général de l’A. C. J. B.
Les succès de la J. O. C. ont mis le branle aussi parmi LES JEUNES TRAVAILLEUSES CHRÉTIENNES. et, le 1er février dernier, elles ont lancé définitivement la Fédération nationale de J. O. C. F., préparée lentement d’ailleurs depuis des années, et dont la propagande se poursuit intense maintenant avec le même idéal; des statuts, un programme, un esprit semblables aux nôtres.
Le S. G. a collaboré activement à l’organisation de LA PREPARATION MORALE AU SERVICE MILITAIRE (P. M. S. M.). Une chronique militaire existe dans notre journal et celui-ci est envoyé gratuitement aux Jocistes soldats. De plus en plus, on veillera à établir le contact de, nos camarades miliciens entre eux à la caserne et au sein des sections existantes dans les villes de garnison. Ils resteront en rapport, également, avec leurs sections respectives, profitant de la sorte du soutien et du réconfort moral de l’amitié et reviendront naturellement, après leur service, dans les groupements ouvriers chrétiens.
L’ENQUETE SUR L’ADOLESCENCE SALARIÉE a été menée par presque tous nos groupes. Malgré de sérieux résultats, il faudra profiter de l’expérience acquise pour améliorer nos méthodes, préciser les directives et les questionnaires, mieux préparer les enquêteurs.
Il est indispensable aussi que tous les documents soient rassemblés au Secrétariat général pour servir au travail d’ensemble et permettre la publication d’un rapport général.
Et maintenant, comment se portent NOS FINANCES? Est-il nécessaire d’insister sur l’importance des moyens matériels pour un mouvement comme le nôtre qui exige la création d’organismes nombreux et où presque tout est à faire?
La ressource principale et régulière réside dans LA COTISATION. Cette cotisation a été, dès le début, librement et volontairement acceptée par tous. En fait, un certain nombre de camarades sont fort négligents; des sections et des fédérations même se font tirer l’oreille. Nous rappelons aux responsables qu’il y a là plus qu’une question de charité et de solidarité; il y a un devoir de justice envers le mouvement. (Applaudiss.)
Pour couvrir les inévitables déficits du début et étendre davantage notre action, un FONDS NATIONAL DE PROPAGANDE fut ouvert. Les plus généreuses souscriptions viennent de Gilly, Beyne, Mons, Nivelles, Liége, Tournai, Bruxelles.
Malgré tout, la pénurie de moyens matériels reste menaçante. L’organisation générale est loin d’être complète et combien de magnifiques initiatives attendent le geste de ceux dont le dévouement va jusqu’à la bourse!!..
Ce dévouement, nous le réclamons d’abord à nos membres eux-mêmes, à ceux qui pourraient se priver et ne le font pas.
Nos sections doivent aussi se montrer plus solidaires, plus conscientes des charges énormes du Secrétariat général, pour partager généreusement avec lui leurs revenus extraordinaires de fêtes ou conférences publiques.
Nous faisons un pressant appel enfin à tous ceux qui communient à notre idéal ou ont simplement conscience de l’action indispensable de la J. O. C., pour la sécurité, la prospérité et la paix, non seulement de la classe ouvrière, mais de toute la société.
Voilà le bilan de notre activité générale. Les membres du Secrétariat général ont bien été forcés par les circonstances de prendre une grande part d’initiative et de responsabilités, en ayant tenu, malgré tout, à prendre avis pour touts les choses importantes.
Ils vous remercient de la confiance que vous leur avez témoignée. Désormais, le Conseil général et le Comité exécutif ont en main les destinées du mouvement.
Nous avons notre charte : les statuts et règlements; notre drapeau : le programme général; des cadres régionaux et locaux où tous doivent se sentir fièrement solidaires et responsables, dans le respect de l’autorité, l’acceptation joyeuse de la discipline, l’action énergique et persévérante.
3. Les fédérations régionales.
Nos treize FÉDÉRATIONS REGIONALES d’expression française ont été lancées successivement par des journées d’études régionales de propagande qui ont eu lieu, de dimanche en dimanche, du 17 août, à Liége, jusqu’au 1er février, à Chimay.
Chaque Fédération a son CONSEIL RÉGIONAL, se réunissant mensuellement, et son COMITÉ EXÉCUTIF. Les SECRETARIATS RÉGIONAUX s’organisent et se perfectionnent progressivement.
Il est impossible, dans le cadre d’un rapport comme celui-ci, d’entrer dans des détails. Dix-huit journées d’études ont eu lieu. Toutes les fédérations ont eu une récollection. La plupart préparent leur seconde ou leur troisième.
La Fédération du Centre (La Louvière) a, depuis un mois, son propagandiste permanent. Ailleurs se constituent des ÉQUIPES DE PROPAGANDE. Un grand soin devra être apporté à la formation de ces propagandistes dont dépend tout le fruit de notre campagne de recrutement à la fin de l’année scolaire et de la prochaine.
Parmi les initiatives les plus importantes, citons la constitution, à Bruxelles, d’un SECRETARIAT PROFESSIONNEL permanent pour Jeunes Gens, confortablement installé, et aidant nos camarades depuis avant la sortie de l’école et à travers toute leur vie professionnelle, pour le choix, l’apprentissage et toutes les conditions de leur vie professionnelle.
Signalons aussi l’action énergique des fédérations de Liége, Namur et Huy pour la moralité des trams et des trains.
4. Les sections locales.
Nos 192 SECTIONS LOCALES ont fait preuve de grande activité pour la plupart. LES ASSEMBLÉES GENERALES MENSUELLES ou plus souvent encore bi-mensuelles, ont assuré le minimum de contact et d’influence.
LES COMITÉS se réunissent régulièrement, le plus souvent EN CERCLES D’ÉTUDES. Dans ce domainelà, un progrès sensible reste à réaliser. Sans C. E., conçu et mené suivant notre programme général, il n’est pas de section prospère possible.
Parmi les sections spéciales créées, LES CAISSES D’ÉPARGNE sont particulièrement à signaler par leur nombre et leur prospérité.
LES SECTIONS DE DISTRACTION se multiplient, mais doivent toujours rester subordonnées au but principal de la J. O. C. et pénétrées de l’esprit jociste de façon à être réellement éducatives.
LES CONFERENCES POPULAIRES, LES FÊTES, LES RÉUNIONS PUBLIQUES ont été nombreuses et, par elles, le public, et spécialement les parents, sont entrés en contact avec la J. O. C.
La saison d’été va multiplier LES EXURSIONS, LES VISITES de Musées, LES VOYAGES. Elle sera occupée particulièrement par LE RECRUTEMENT pour la J. O. C. parmi les jeunes compagnons qui vont par milliers quitter les écoles à fin juillet.
5. Conclusion.
La somme de travail, d’efforts, de dévouement, dont ce rapport ne donne qu’une idée fort incomplète, c’est l’œuvre fraternelle de 6.000 jeunes travailleurs éparpillés à travers toute la Wallonie, et si près l’un de l’autre pourtant qu’il a suffi de quelques mois pour leur faire réellement une âme commune.
Pour apprécier la véritable puissance de notre idéal, les faits et les chiffres disent si peu de chose, et il faudrait pouvoir pénétrer le secret intime des âmes.
Oui, la grande force de la J. O. C. c’est la richesse spirituelle. Tout ce capital de prières ferventes, de sacrifices obscurs, de dévouements très simples, de combats intérieurs pour l’intégrité de nos âmes; de luttes, âpres parfois, contre tous ceux qui, dans nos milieux de travail en veulent à notre fierté ouvrière, à notre dignité morale.
Cette force surnaturelle, elle nous vient du Christ par l’Eglise Catholique, dont nous voulons être de plus en plus les enfants fidèles et les apôtres audacieux. (Longs applaudissements.)
LES DISCOURS.
Un échange de vues suit immédiatement le rapport de J. Meert, puis la parole est donnée à J. Schellekens, président de la J. O. C. du pays flamand.
« Je vous le propose en exemple, dit Tonnet. C’est un militant modèle, appartenant à notre classe ouvrière bruxelloise et qui s’est formé avec patience et ténacité dans nos cercles d’études. »
M. Schellekens, au nom de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne Flamande, apporte le fraternel salut de nos compagnons flamands : « Notre mouvement et le vôtre, dit-il, ne font qu’un. Rien ne nous sépare, pas même la langue, car il n’est pas vrai que nous Flamands, nous mettions dans les revendications de nos droits linguistiques quelque chose d’anti-wallon ou d’anti-belge. (Acclam.) Mais, avec la défense de nos intérêts professionnels qui nous sont communs, nous menons la défense de nos intérêts linguistiques.
L’orateur signale que le mouvement de la jeunesse flamande comptera probablement, d’ici peu, dix mille membres. (Vifs applaud.)
« Travaillons ensemble, dit-il, à sauver notre classe ouvrière en la rendant au Christ. (Acclam.)
Avant de donner la parole à Mlle Stauss, présidente de la J. O. C. F., le président salue en elle toutes nos sœurs de travail : les ouvrières des charbonnages, des verreries, des filatures, des usines, celles de la mode et de la couture. « Allez dire, Mademoiselle, à vos compagnes, que nous souhaitons force et succès à la J. O. C. F., afin qu’elle soit à nos côtés pour améliorer le régime économique actuel qui tue autour de lui tant d’âmes de jeunes ouvrières. Dites-leur aussi l’engagement que nous prenons tous ici, ce soir, d’être les défenseurs attitrés de nos sœurs de travail et de nous constituer les vigoureux protecteurs de leur dignité et de leur honneur. (Applaudissements).
Mlle Stauss prend alors la parole au milieu du silence attentif de tout l’auditoire :
Messieurs, mes chers amis,
Je suis heureuse de vous apporter le salut cordial et fraternel de toutes les jeunes ouvrières de notre organisation de J. O. C. F.
Notre sympathie, Messieurs, vous l’avez toute entière. Ce matin, tous les membres de la Fédération régionale de Bruxelles ont communié à vos intentions et ont demandé au Bon Dieu de bénir tous les congressistes ainsi que leurs travaux. N’est-ce pas une preuve évidente d’attachement et d’unité?
Si notre appui vous était nécessaire, s’il vous semblait que l’organisation de la Jeunesse Féminine pouvait rendre quelque service utile à votre mouvement, je puis vous garantir que nous sommes prêtes à vous aider autant que nous le pourrons. Nous avons d’ailleurs, à différentes occasions, déjà fait de la propagande en faveur de la J. O. C.
Vous pouvez à votre tour avoir tant d’influence auprès de vos sœurs, auprès de vos fiancées et les engager à se faire membre de la J. O. C. F.
Notre organisation n’a-t-elle pas pour but de préparer les jeunes filles à leur future mission d’épouse et de mère chrétienne? Notre organisation va donc rendre un service immense à tous ceux d’entre les jeunes gens qui ont l’ambition de fonder un foyer chrétien.
Mais notre tâche serait trop difficile si vous ne nous prêtiez pas votre collaboration.
L’annexe à votre Programme général où l’on soulève la question des jeunes travailleuses, interprète admirablement nos désirs. Que la question du respect, de la dignité de la jeune fille ait été soulevée par votre organisation, nous a fait un bien sensible plaisir et nous vous demandons que les voeux que la J. O. C. forme à ce point de vue, que ces vœux, dis-je, deviennent des réalités. Vous pouvez tant faire dans vos usines, dans vos ateliers et vos bureaux. Il faudrait que, là où il y un Jociste, il parvienne à faire taire ceux qui ne savent tenir que des propos orduriers.
Nos deux organisations ne doivent pas être des organisations juxtaposées, mais elles doivent se compléter l’une l’autre et, de cette façon, la victoire nous est assurée, Ce matin encore, nous avons pu lire dans l’Épître de Saint Jean que, seul, celui qui a la foi est vainqueur du monde. Pour le chrétien, la foi en JésusChrist est le principe de victoire, et parce que nous croyons en Jésus-Christ nous sommes convaincues que nous pourrons arriver à grouper la masse des jeunes travailleuses dans nos organisations et, par le fait même, à ramener leurs âmes au Christ. Ce qui, je n’en doute pas, est notre désir à tous.
Une ovation chaleureuse est faite à la présidente de la J. O. C. F.
La parole est donnée ensuite à Ph. Gérard, en qui le président salue un des dirigeants de l’A. C. J. B.
Ph. Gérard nous apporte la sympathie de l’A. C. J. B.:
Il est désirable, dit-il, que la jeunesse catholique se spécialise, c’est une question de force; l’A. C. J. B. l’a compris tout de suite. Mais il faut l’union de toutes les spécialités dans le grand mouvement de l’action catholique pour assurer à celui-ci son rayonnement et son efficacité. C’est pourquoi la J. O. C. et l’A. C. J. B. doivent compter l’une sur l’autre et marcher la main dans la main. (Vifs applaud.)
Voici Pauwels à la tribune. Le président lui demande de dire à ce Congrès de jeunes travailleurs toute la joie et le réconfort qu’il ressent, lui qui si souvent a attendu les jeunes dans les réunions ouvrières de Wallonie. Le président demande à tous d’écouter H. Pauwels comme on écoute un chef.
H. Pauwels. Ce m’est, en effet, une grande joie que de prendre la parole à votre premier Congrès et de vous dire que les aînés sont heureux de constater qu’une véritable armée de jeunes est là, prête à les aider et à poursuivre leurs efforts. Soyez surtout persévérants; nous fondons de grandes espérances sur votre travail; il faut que vous supportiez les difficultés, les fatigues. La victoire vous restera. Ce sont les syndiqués chrétiens qui doivent ramener sur leurs épaules la Croix du Christ dans nos cités industrielles. (Longs applaudissements.)
Enfin, après ces hommages d’amis, voici notre porte-parole André Delcourt qui va clôturer le Congrès par une allocution très enthousiaste.
Le président a salué ce benjamin de nos militants dont la jeune tête blonde porte toutes nos promesses et tous nos espoirs, et le voici commençant son discours…
Dès les premières paroles, tout cet auditoire de 600 personnes est subjugué. Une telle ardeur, un telle foi, une telle volonté dans un corps aussi frêle!… Et les congressistes écoutent avec une émotion grandissante ce jeune tribun qui leur parle de notre idéal commun, de nos travaux, de nos projets, de nos rêves… Puis il parle du Christ, de la Croix, du règne de la Croix, de la glorification de la Croix, et l’on voit les visages qui se tendent pour refouler les larmes qui s’annoncent… Puis voici le mot final, le mot d’ordre, où il y a du commandement, mais aussi de la supplication… Et nous voilà délivrés, laissant bondir par mille éclats notre enthousiasme et notre joie.
L’ovation reprend… et dure… puis s’arrête dans la cadence d’un ban…
Voici le texte de l’allocution d’André Delcourt:
Três souvent lorsque dans nos fédérations nous nous rendons dans les localités de nos arrondissements pour fonder de nouvelles sections de J. O. C., nous remarquons qu’à peine l’exposé du but et du programme de notre mouvement terminé, nos jeunes auditeurs sont enthousiasmés, prêts à tout, et ils signent d’emblée le bulletin d’adhésion que nous leur présentons.
Mais, dès que nous nous sommes éloignés d’eux, lorsque l’impression de notre causerie est passée, nos jeunes ne savent plus que faire; ils ont bien des réunions tous les mois et même plus souvent ; ils reçoivent bien le journal et le bulletin pour dirigeants, mais en somme, ils sont plus ou moins perdus. Pourquoi? Parce que nos membres ne savent pas tout ce que la J. O. C. doit réaliser.
Lorsque nous leur aurons fait comprendre que notre but et notre programme sont les plus beaux et les seuls qui puissent toujours enthousiasmer sans jamais désillusionner, lorsqu’ils seront formés au point de savoir vibrer à tout ce qui est beau, à tout ce qui est grand, nous serons près de la victoire.
Alors, ils pourront défendre efficacement leurs compagnons de travail à l’atelier, au bureau, en rue, partout; alors ils vaincront les ennemis de la religion et de la moralité, qui cherchent sans cesse à pervertir et à corrompre notre classe ouvrière.
On s’étonne de ce que le monde du travail est déchristianisé, et de ce que son niveau moral est descendu bien bas. Il y aurait lieu de s’étonner de ce que le mal ne soit pas plus grave.
Oui, nous devons arriver à notre but en prouvant à nos jeunes compagnons que, par notre organisation, nous arriverons à améliorer leur situation aux points de vue professionnel, intellectuel, social, religieux, moral et économique. Nous devons les rendre fiers de leur condition d’ouvrier; nous devons faire en sorte qu’ils ne se considèrent plus comme des oubliés, mais comme des privilégiés, car ils ont l’insigne honneur d’être ce que Jésus-Christ lui-même fut : « des ouvriers »!
Et, pour en arriver là, un grand travail s’impose : l’éducation de notre jeunesse salariée. Travail pénible, travail de patience, mais travail méritoire, car c’est en voyant nos efforts éducatifs que nos compagnons s’attacheront davantage à nous. Il faut qu’ils sentent qu’à la J. O. C. l’on veut leur relèvement intégral, qu’on veut en faire des hommes chics, instruits, éduqués, dignes et fiers. Et comment verront-ils cela, comment sentiront-ils que nous leur voulons du bien? Si, dans nos réunions locales ou fédérales, l’on s’ingénie à faire des séances instructives, moralistes; si l’on s’efforce de rendre attrayantes nos réunions en amenant la conversation sur tel ou tel sujet intéressant nos compagnons et provoquant des discussions profitables; si l’on organise quelques visites-promenades dans nos musées, nos usines, nos expositions; si nous donnons l’occasion à nos membres de lire des livres techniques, de bons romans, des livres d’histoire, de géographie, de sociologie; si nous multiplions les conférences avec projections; si nous visons tout ce qui peut éduquer.
Pour l’avenir de notre mouvement, il faut que nous trouvions, dans nos régions, des jeunes gens qui se mettront à étudier, non seulement notre programme, mais aussi les questions touchant de près notre J. O. C.
Pour la formation religieuse, prenons ce soir, chers camarades, l’engagement de nous discipliner, de nous efforcer de devenir des modèles de chrétiens. Tout bon Jociste devrait entrer, chaque jour, au moins une fois à l’église, ne fût-ce que pour faire un signe de croix; nous devrions aussi nous efforcer de communier chaque dimanche et même en semaine. Ne manquons jamais l’occasion d’aller en retraite fermée ou en récollection. C’est si réconfortant une retraite. Celui qui n’a pas eu le bonheur de passer quelques jours dans l’une de nos grandes abbayes, ne saurait se faire une idée exacte du plaisir, du contentement qu’on éprouve à se recueillir et à méditer, de l’entrain avec lequel on revient à la vie de tous les jours.
Je me rappelle qu’en novembre dernier, alors que notre J. O. C. venait de naître, quelques représentants de nos jeunes fédérations se sont réunis en l’abbaye du Mont-César, à Louvain, où, abandonnant pour trois jours tout travail, vivant un peu de la vie des moines, ils se sont préparés de leur mieux à s’élancer à la conquête de nos ateliers, de nos fabriques et de nos bureaux.
Voyez, maintenant, nous sommes 6.000 Jocistes; Eh bien! pour ma part, je déclare que nous devons la majorité de nos membres à l’impression qu’ont laissée, sur nos dirigeants, les retraites et les récollections.
L’avenir de notre J. O. C. dépend de l’activité éducative et de l’influence religieuse qu’elle répandra autour d’elle.
Quelle tâche ardue, obscure, n’est-ce pas, chers camarades; mais aussi quelle joie pour nous de savoir que nous nous serons dépensés pour la juste cause, pour la sainte cause, pour la cause de Dieu qui s’est fait homme pour nous, qui a travaillé comme nous travaillons, et qui enfin, pour nous racheter, est mort pour nous sur la croix. La croix qui doit être notre éternel emblème! La croix que nous devons toujours garder au fond du cœur! La croix que nous devrions voir partout, à l’usine, au bureau, dans nos écoles, dans nos logis, afin qu’elle nous guide sans cesse, afin qu’elle nous montre où est le devoir, afin qu’elle nous aide à ramener notre classe ouvrière au Christ.
Camarades, nous devons faire, ce soir, dans le silence de nos cœurs, le serment d’être des audacieux propagandistes de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, et, que surviennent les difficultés, les échecs, les désertions; pas un d’entre nous n’abandonnera la charrue au milieu du champ.
Puis Tonnet clôture brièvement :
« C’est sur cet appel à l’action lancé par le benjamin de nos dirigeants que je veux clôturer ce Congrès.
Oui, notre mouvement doit surtout viser, durant les mois qui vont suivre, à fournir à nos membres, tous les moyens d’éducation intégrale et de formation religieuse qui ont été signalés au cours de nos séances.
Il faut que nous inculquions à tous nos membres la volonté de s’instruire, le goût de l’étude, l’âpre désir de devenir plus chrétien, plus fidèle au Christ.
Il faut aussi que nous intensifions l’amitié Jociste je veux dire par là qu’il faut que l’on s’aime davantage entre membres d’une même section, que les sections voisines fraternisent souvent, qu’elles s’encouragent mutuellement.
Préservons jalousement notre mouvement des critiques inutiles, des jérémiades continuelles, des rivalités de clocher, des dénigrements: un bon Jociste doit aimer tous les Jocistes, et notre force après la Foi doit venir de notre union, de notre amitié.
Préparons-nous à résister au découragement. On va nous combattre non seulement dans les ateliers, les usines, les bureaux car ceux qui prêchent la fraternité mondiale sont les premiers
traiter en ennemi leur compagnon de tous les jours, mais parfois aussi dans certaines œuvres où l’on ne croit pas à la nécessité de notre action et à la loyauté de nos intentions. Qu’importe, camarades!
Puis, demain, vous vous retrouverez isolés, et l’enthousiasme de ces réunions se sera éteint. Vous vous trouverez en face d’échecs. Tenez bon. La J. O. C., pour vaincre, demande des sacrifices, des souffrances, du sang même; sang de notre idéal que la lutte meurtrira parfois; sang de notre corps, que notre attitude fière et chrétienne fera couler… Qu’importe encore, camarades! Notre insigne, n’est-il pas rouge?…
Nous comptons donc sur vous, en vous demandant de vous conduire désormais en Jociste rayonnant, en multiplicateur, comme a dit le Saint Père.
Et comme mots d’ordre à suivre, les voici :
1. Amélioration de notre organisation dans les sections locales et dans les Fédérations : réunions de comités, cercles d’études locaux et fédéraux, fonctionnement régulier de notre administration, de nos services d’épargne, de bibliothèques, de récollections et de retraites fermées.
2. Propagande incessante : recrutement des jeunes sortant de l’école; collaboration à l’action mutuelliste en matière de pensions.
Enfin, nos remerciements chaleureux vont aux représentants de la Presse, en particulier au Pays Wallon et au XXe Siècle. »
* * *
Au moment où le Président adresse le dernier mot d’adieu à l’auditoire, les congressistes réclament l’abbé Cardyn.
Celui-ci demande aux Jocistes de ne pas oublier les leçons de ce Congrès, ni les engagements qu’ils ont pris. Travaillons pour convaincre nos milliers de frères de travail qu’ils ne trouveront la paix et le bonheur qu’en luttant dans nos rangs, avec le Christ, pour le Christ.
Une longue ovation ratifie cette brève allocution. La prière est dite avec ferveur… l’on se signe… le Premier Congrès de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne est terminé.
LES REPONSES A NOS TELEGRAMMES
Réponse de S. S. le Pape Pie XI.
Saint Père très sensible message filial premier Congrès Jeunesse Ouvrière bénit de cœur membres et travaux formant vœux ardents pour réalisation noble « programme ».
Card. Gasparri.
Réponse de S. Em. Mgr Mercier.
Très sensible aimable attention 400 délégués J. O. C. les remercie vivement, agrée avec sympathie leur témoignage de dévouement filial à l’Eglise, les bénis paternellement.
Cardinal Mercier.
Réponse de S. M. le Roi.
Très touché du contenu du télégramme que vous Lui avez adressé le Roi me charge de vous en remercier très cordialement en son nom.
Chef Cabinet Roi.
Réponse de S. G. Mgr Rutten, Evêque de Liége.
J’ai reçu hier soir un beau télégramme qui m’a fait grand plaisir et je vous prie de vouloir bien faire savoir aux 400 jeunes ouvriers catholiques que je les bénis de tout cœur. Puisse le Seigneur leur accorder la grâce de persévérer dans leur généreuse et courageuse résolution! Puisse leur exemple entraîner un grand nombre de jeunes ouvriers dans la voie du devoir! Agréez, cher Monsieur, l’assurance de mon affectueux dévouement.
H.-M. Rutten, Ev. de Liége.
Réponse de S. G. Mgr Heylen, Evêque de Namur.
Monsieur l’Abbé. J’étais absent quand le télégramme de la J. O. C. est arrivé à Namur. Je n’ai donc pas pu répondre plus tôt. De tout cœur je bénis, comme vous le demandez, la jeune société et je prie pour que Dieu lui accorde la grâce de prospérer pour le bien des travailleurs. L’union avec l’A. C. J. B. que le Congrès a votée contribuera puissamment à faire atteindre ce but. Agréez, Monsieur l’Abbé, l’assurance de mon religieux dévouement.
Thomas-Louis, Ev. de Namur.
Réponse de S. G. Mgr Rasneur, Evêque de Tournai.
Remercie sincèrement de leur télégramme les 400 délégués de la J. O. C. réunis en Congrès Général, leur envoie volontiers la bénédiction demandée et les félicite de leur volonté ardente de travailler à ramener à N. S. Jésus-Christ la classe ouvrière de Belgique.
Gaston-Antoine, Ev. de Tournai.
Les félicitations de la Confédération des Syndicats Chrétiens.
Le président a reçu la lettre suivante de notre ami H. Pauwels :
Mon cher ami,
C’est encore sous le coup de l’émotion profonde provoquée par le Congrès si magnifiquement réussi de la J. O. C. que je t’écris pour te féliciter avec les amis J. Meert, P. Garcet et M. l’abbé Cardyn, du succès splendide du Congrès qui constitue un hommage au travail persévérant des promoteurs de la J. O. C.
Nous avons parfaitement senti, hier, qu’il y avait là un réservoir inépuisable d’activité sociale et de dévouement à la classe ouvrière. De même que nous avons eu. d’une façon parfaite, la certitude du développement que nos, organisations ne manqueraient pas de prendre par le travail enthousiaste que certainement notre J. O. C. né manquera pas d’accomplir. Il ne faudra qu’une chose « persévérance », mais je sais que cette qualité existe chez tous les Jocistes, et c’est ainsi que, sans crainte, nous pouvons envisager l’avenir.
Je te remercie particulièrement pour les satisfactions intenses que tu m’as procurées en m’invitant à ce Congrès, et je te prie de croire à mes sentiments les plus affectueusement dévoués.
H. Pauwels.
Les félicitations de l’A. C. J. B.
Le 20 avril, en ouvrant la séance du Conseil Général de l’A. C. J. B., M. G. Hoyois a félicité la J. O. C. du brillant succès remporté par son premier Congrès.
LES COMMENTAIRES DE LA PRESSE
Du XXe Siècle :
Un enseignement se dégage de ce congrès. Au sein de l’A. C. J. B. dont l’organisation et le fier esprit apostolique ont étonné nos contemporains, des jeunes gens sortis du peuple, du fidèle peuple de Dieu, se sont groupés pour la défense de leurs droits et pour l’étude toujours plus approfondie de leurs devoirs. Organisation de classe qui doit porter ombrage à certains? Non pas; organisation virile, solide, décidée, enthousiaste qui trouve dans une légitime et normale spécialisation en même temps que dans une invincible foi le secret d’un succès qui s’est affirmé, dimanche, avec tant d’éclat. La J. O. C. peut être fière de l’oeuvre qu’elle a réalisée déjà. L’A. C. J. B. doit être heureuse de la compter dans son sein. Ensemble, on peut être sûr qu’elles conquerront à Dieu les générations qui montent et qu’en rendant le Christ au peuple, à tout le peuple, elles travailleront le plus sûrement à la grandeur de notre chère Belgique.
Ernest Storck.
De La Libre Belgique :
M. l’abbé Cardyn, avant qu’on entame les débats au sujet du programme officiel d’action de la J. O. C., insiste sur le caractère positif du mouvement des jeunes travailleurs chrétiens. Ce mouvement n’est pas dressé contre quelque chose, contre quelqu’un; contre les socialistes ou les communistes. Il doit aboutir à des réalisations positives, au relèvement, dans la pensée et la vie catholiques de la jeunesse ouvrière.
Un programme net et ferme est indispensable à l’acion de la J. O. C. Programme de relèvement religieux adapté à la mentalité et à la vie des jeunes travailleurs; programme professionnel et intellectuel aussi.
M. Cardyn fait un appel aux congressistes pour qu’ils discutent en pleine franchise le programme qu’on leur présente. Puis il passe lui-même à la réfutation de quelques objections qu’on a faites au programme de la J. O. C.
La J. O. C. sans doute ne compte pas sur ses seules forces pour l’amélioration de la vie et des conditions de travail de la jeunesse laborieuse. Mais, dans l’organisation d’ensemble du bloc ouvrier chrétien, elle veut avoir sa place et jouer son rôle.
M. l’abbé Cardyn, qui a parlé avec un entrain qui n’exclut nullement l’idée précise, est fort acclamé.
On va passer alors à la discussion du programme, lorsque, à ce moment, entra dans la salle le R. P. Rutten qui accueille une salve prolongée d’applaudissements.
M. Fernand Tonnet exprime les sentiments d’affectueuse estime de l’assemblée à l’égard du grand leader du mouvement ouvrier chrétien.
Le R. P. Rutten prend alors la parole : c’est tout d’abord pour dire son regret de ne pouvoir assister d’un bout à l’autre au congrès de la J. O. C. Ses occupations absorbantes l’en empêchent. Puis il demande aux congressistes de considérer comme le premier effort essentiel, leur approfondissement personnel dans le sens spirituel, de s’imprégner de Notre Seigneur, de s’imbiber de la pensée évangélique. C’est par là qu’il faut commencer si, réellement, on veut faire du travail apostolique chrétien.
La parole douce mais volontaire du R. P. Rutten est pénétrante. Quel écho elle trouve dans l’âme des jeunes! Il parle des difficultés que va rencontrer certes le mouvement de la jeunesse ouvrière; il parle de l’Église, de programme de la J. O. C., de son rêve qui aujourd’hui commence à se réaliser d’une organisation de jeunesse ouvrière catholique et c’est de l’émotion, de la conviction qui passent dans sa voix.
Du Pays Wallon :
Sérieux et enthousiaste, telle est la conclusion que nous pouvons sincèrement tirer du premier congrès de la J. O. C. Ce fut un magnifique congrès dans toute la force du terme. Comme nous l’avons dit souvent, c’est dans une organisation bien comprise des jeunes travailleurs de Belgique qu’il nous est permis de fonder les plus beaux espoirs.
Espérons que tous les catholiques le comprendront. Quant à nous, nous ne cesserons de leur apporter notre soutien et notre encouragement.
De la Gazette de Liége :
De ce premier congrès se dégage déjà la vraie mentalité de notre nouvelle jeunesse ouvrière, nous disons nouvelle parce que vraiment tout ce que fait et veut la J. O. C. est neuf. Son programme n’est pas un quelconque ramassis d’idées fausses, son programme elle l’a déjà à moitié réalisé en groupant ses 200 sections. Pour moi, il me semble que le plus dur est fait, car à présent on sait ce qu’elle vaut et on compte sur elle.
Du Brabant Wallon :
Il était beau le spectacle que présentait cette assemblée composée de jeunes ouvriers venus à Bruxelles pour prendre le mot d’ordre de leurs chefs, élaborer leurs statuts et fixer les points divers de leurs programme d’action.
Et cette charte, tant par son ampleur que par sa précision, constitue un document de haute valeur.
C’est, nous disait un vétéran de l’action sociale, le meilleur document qui me soit passé par les mains.
* * *
Et le premier Congrès fut clôturé. Nous n’ajouterons qu’un mot :
Jamais, dans notre existence, nous n’avons été « remué » aussi profondément que pendant ces deux journées.
Sentiment de joie profonde, d’abord, à la vue de ces centaines de délégués dont l’action ira croissant dans nos milieux ouvriers.
Sentiment de fierté et, certes bien légitime, car, si, trop souvent, nous n’avons sous les yeux qu’une jeunesse légère et qui ne voit, dans la vie, qu’une course folle à la volupté et au plaisir, là, du moins, au Congrès, nos regards se sont reposés, et avec quelle complaisance, sur ces beaux et vaillants jeunes gens, rayonnants de cette ardeur qui met dans l’âme la pratique habituelle de la vertu.
Et nous sommes partis confiants et plus résolus encore à aider cette jeunesse ouvrière dans son entreprise si vaste et si belle : La rechristianisation du monde du travail !
Dieu veuille susciter en grand nombre les Apôtres de cette croisade, de toutes la plus urgente, dans nos régions!
Verax.