SOMMAIRE :
I. Introduction.
II. Les Responsabilités Sociales.
III. La Vie Professionnelle du Jeune Salarié.
1. La préparation au travail.
2. La stabilité du travail.
3. L’apprentissage.
4. L’enseignement Professionnel.
5. La sécurité du travail.
6. L’hygiène et la propreté du travail.
7. La pudeur au travail.
8. La durée du travail.
9. Le travail de nuit et du dimanche.
10. Les travaux pénibles et dangereux.
11. Le salaire des adolescents.
12. La situation des jeunes employés.
IV. Le Rôle Educatif des Groupements de J. O. C.
1. L’organisation des jeunes travailleurs.
2. La formation intégrale des jeunes travailleurs.
A. Nécessité de la formation postscolaire.
B. Formation intellectuelle.
C. Formation esthétique.
D. Formation morale.
E. Formation sociale.
F. Formation physique et hygiénique.
G. Formation religieuse.
H. Unité dans la vie du jeune ouvrier.
I. Motifs de confiance.
J. Une condition indispensable de succès.
3. Les Cercles d’Etudes pour jeunes travailleurs.
4. L’Epargne des jeunes travailleurs.
5. Homes et Restaurants.
6. Les loisirs des jeunes travailleurs.
7. Les vacances et les séjours au Grand’Air.
8. Le service militaire des jeunes travailleurs.
VI. Annexe.
La question des jeunes travailleuses.
VI. Conclusion.
I. INTRODUCTION.
La J. O. C. existe; elle groupe déjà des milliers de jeunes travailleurs. Elle a ses statuts et ses règlements. Son organisation nationale, régionale et locale offre les cadres nécessaires pour grouper les centaines de milliers d’adolescents salariés qu’elle veut atteindre pour les former, les défendre et les protéger. Son premier Congrès National a fixé les directives qui orienteront son action, et indiqué le but qu’elle se propose d’atteindre. Déjà une vaste enquête est entamée pour se rendre compte de la situation exacte dans laquelle vit et travaille la jeunesse ouvrière de Belgique.
Cette enquête sera aussi objective que possible. Elle indiquera les progrès réalisés comme les lacunes existantes.
Le programme national exposé ci-après a pour but de montrer à tous l’importance de l’Enquête
Pour la mise au point de toutes les questions qui intéressent le relèvement intégral des jeunes travailleurs. Ce n’est que quand le Secrétariat Général sera au courant des situations qui existent dans toutes les régions du pays, qu’il pourra préciser toutes ces revendications et proposer des vœux s’adaptant à la situation réelle. D’ici-là nous devrons nous contenter d’aperçus généraux sur les différentes questions et de vœux qui se concrétiseront par des contacts plus intimes avec les réalités vécues de la masse des jeunes travailleurs.
Le présent programme doit faire l’objet des discussions de tous nos Cercles d’Etudes, de nos journées d’études et de nos réunions mensuelles, afin que tous les J. O. Cistes acquièrent la compréhension exacte de notre mouvement de jeunesse ouvrière chrétienne et soient prêts à tous les sacrifices pour le défendre et le propager. Notre programme doit pouvoir être déployé comme un drapeau dont on est fier et autour duquel on se serre pour lutter et mourir.
II. LES RESPONSABILITES SOCIALES.
a) Le sens de la responsabilité morale et sociale semble s’émousser de plus en plus chez beaucoup de ceux qui sont revêtus d’une autorité dans notre société moderne. Certains patrons qui reçoivent à leur service un garçon de 14 ans ne semblent guère se soucier de l’avenir moral, religieux et social de leur jeune salarié. L’Etat qui chaque jour sur ses chemins de fer transporte des milliers d’adolescents salariés est d’une incurie impardonnable quant à la surveillance morale des jeunes salariés.
b) Les Pouvoirs Publics manquent fréquemment à leur devoir de tutelle et de sauvegarde morale de la jeunesse, en négligeant des mesures préventives contre les occasions innombrables de corruption morale des jeunes gens et en n’encourageant ou en ne reconnaissant pas les initiatives privées décidées à lutter contre ces atteintes à la moralité juvénile et désireuses de concourir à la formation et à la protection morale de la jeunesse.
c) Les parents eux-mêmes, entraînés par l’insouciance du siècle, sont souvent inconscients des dangers moraux et religieux courus par leurs enfants, qui vivent jour et nuit loin de toute surveillance et de toute tutelle pendant les années dangereuses de la crise de la puberté.
d) Les salaires plus élevés; la fréquentation des cabarets, des cinémas, des dancings et des cafés-concerts; la furie des sports; les lectures passionnelles; les étalages d’une immoralité provocante; les jeux de hasard sont pour les jeunes salariés des occasions de plus en plus nombreuses de perdition.
e) Dans certains centres, les jeunes salariés vivent comme s’ils étaient << en garni » chez leurs parents; ils entrent et sortent comme ils veulent, discutent le prix de leur entretien et peuvent dépenser tout le reste de leur salaire.
f) La loi qui a établi une juridiction spéciale pour les jeunes, ne s’applique pratiquement qu’à ceux qui sont tombés, et se borne à fournir aux jeunes délinquants des juges spéciaux et des délégués à la protection de l’enfance. Mais rien n’est organisé pour prévenir la chute des milliers de salariés mineurs, abandonnés à eux-mêmes, sans tutelle et sans protection, dans des conditions de vie et de travail, où il leur est presque moralement impossible de ne pas tomber.
g) Au Moyen-Age, le jeune apprenti était présenté par ses parents au Conseil des Maîtres de la Corporation. Le patron s’engageait devant eux à remplir tous ses devoirs moraux, religieux et sociaux, vis-à-vis de son nouvel apprenti. Cet acte solennel était une cérémonie impressionnante pour l’adolescent et lui révélait l’importance de son apprentissage. Aujourd’hui, la majorité des jeunes travailleurs au lendemain de la dernière distribution des prix, entrent sans la moindre garantie et sans la moindre transition à l’atelier, à la fabrique, à l’usine, à la mine.
II. LES VOEUX.
La J. O. C. demande :
1° que les Pouvoirs Publics, les patrons, les parents et les adultes en général, prennent plus conscience de leur responsabilité morale, religieuse et sociale vis-à-vis des adolescents salariés, qui étant tous des mineurs, ont besoin de tutelle, de protection et de défense;
2° qu’une campagne d’opinion soit entreprise afin de réinculquer à notre société décadente le sens de sa responsabilité vis-à-vis de la jeunesse travailleuse;
3° que les parents se souviennent qu’ils sont responsables devant Dieu de la négligence de leurs devoirs d’autorité vis-à-vis de leurs enfants et que c’est une faute criminelle de les laisser dans des ateliers et dans des lieux de plaisirs, où leur vertu, leur honneur, leur santé et leur avenir sont gravement compromis;
4° que les parents soient tenus régulièrement au courant de l’apprentissage de leurs enfants, qu’ils soient renseignés d’office sur le montant du salaire, sur la manière dont il est calculé, sur les progrès techniques réalisés par l’apprenti, sur la tenue générale et morale de leurs enfants au travail;
5° que cette responsabilité se traduise avant tout chez les patrons, dans toute la mesure des possibilités, par un choix plus prudent des ouvriers et des contre-maîtres, chargés de l’instruction et de la conduite des adolescents salariés, par une surveillance beaucoup plus sévère sur la manière dont ces agents s’acquittent de leurs délicates fonctions et par la nomination de surintendants ou d’ingénieurs sociaux chargés de la tutelle morale des apprentis et des adolescents;
6° que les patrons veillent davantage à toutes les mesures nécessaires pour prévenir la promiscuité, pour sauvegarder la pudeur des adolescents et pour leur inspirer le respect et la considération sans lesquels il n’y a pas de dignité morale;
7° que les contre-maîtres et les ouvriers adultes comprennent davantage que leur tenue, leurs conversations, leur exemple sont d’une influence considérable sur la moralité de leurs jeunes compagnons de travail, et qu’aucune excuse ne peut être alléguée pour les écarts de paroles et de conduite qui initient les jeunes gens à une perversion précoce; que les organisations chrétiennes d’adultes inculquent cette responsabilité;
8° que l’Administration des Chemins de Fer rappelle à tous ses agents la nécessité de la sauvegarde morale de la jeunesse dans les gares, dans les salles d’attente, sur les quais et sur les trains; que l’on fasse le plus possible coïncider l’arrivée et le départ des trains ouvriers avec le commencement et la fin du travail journalier, pour que les jeunes salariés ne soient pas forcés de perdre parfois des heures entières d’attente aux environs des gares et des usines;
9° que toutes les autorités publiques veillent davantage à la surveillance des cabarets, des dancings, des cinémas et des cafés-concerts où des milliers de jeunes salariés sont entraînés, exploités et corrompus et où la plaie du jeu sévit plus que jamais; que la même surveillance soit exercée pour l’étalage et la vente aux mineurs des illustrés et des imprimés corrupteurs;
10° que tous les pouvoirs publics soutiennent, apprécient et reconnaissent les initiatives privées décidées à assumer la tutelle et la protection morale de la jeunesse salariée et sa formation morale indispensable.
La J. O. C. veut être la tutrice, la protectrice et la mandataire de la jeunesse salariée. Elle espère mériter bientôt la reconnaissance officielle de sa mission tant de la part des Pouvoirs Publics que du Patronat et des familles ouvrières. Cette reconnaissance officielle lui permettra dans une plus large mesure de dénoncer les abus, de faire poursuivre les coupables, de travailler efficacement à la formation morale, religieuse et sociale de la jeunesse ouvrière, d’organiser tous les services nécessaires à cette mission et de préparer par le fait même une classe ouvrière plus digne, plus grande et plus belle.
III. LA VIE PROFESSIONNELLE DU JEUNE SALARIÉ.
1. La Préparation au Travail.
I. LES FAITS.
a) Les jeunes travailleurs ne sont pas suffisamment préparés pendant l’âge scolaire et surtout pendant la dernière année d’école à la vie de salariés qu’ils doivent mener dès l’âge de 14 ans. Dans la formation intellectuelle, morale et religieuse qu’ils ont reçue, la perspective de leur condition de futurs salariés ne semble pas avoir tenu une place suffisante.
b) Beaucoup d’enfants quittent définitivement l’école, sans que l’instituteur, l’institutrice ou le prêtre aient cru devoir insister davantage sur la conception chrétienne du travail, sur la véritable grandeur de l’ouvrier, sur sa condition, sur ses devoirs et ses droits particuliers, sur les dangers et les besoins moraux du jeune salarié. Le manque de collaboration entre l’école et la famille, entre les parents et les instituteurs compromet d’ailleurs gravement l’influence de l’éducation scolaire.
c) Le choix du métier, la recherche d’un patron consciencieux sont abandonnés la plupart du temps aux caprices du hasard. L’attention des élèves n’a jamais été attirée sur la nécessité de l’apprentissage et de l’enseignement professionnel, sur la prévention des accidents de travail, sur les précautions à prendre contre les maladies professionnelles.
d) Pas la moindre allusion n’a été faite pendant l’âge scolaire sur la conduite à tenir vis-à-vis des camarades de travail, en route, dans les trains. L’esprit d’association, si indispensable aux jeunes salariés, ne leur a été guère inculqué.
e) Le résultat le plus flagrant de cette absence complète de véritable préparation au travail, c’est la dégradation morale et la crise religieuse dans lesquelles tombent la plupart des jeunes travailleurs bientôt après leur sortie de l’école, même de l’école catholique.
f) Six ou huit années d’éducation religieuse laissent l’adolescent désemparé, si les éducateurs ne comprennent pas que l’adolescent salarié doit être préparé à sa vie de jeune salarié, et qu’après l’école il ne peut être abandonné à lui-même, mais doit être soutenu par une puissante organisation qui continue et parachève la formation qu’il a reçue à l’école, en l’adaptant à sa vie nouvelle de salarié.
II. LES VOEUX.
Voilà pourquoi la J. O. C. demande :
1° qu’à l’école et dans les œuvres para-scolaires (catéchismes, congrégations, patronages, gymnastiques, boy-scouts) la formation morale et religieuse qui est donnée aux jeunes, tienne compte de tous les problèmes concrets de la vie journalière des jeunes salariés;
2° que les instituteurs et tous ceux qui s’occupent des œuvres para-scolaires soient mis au courant du problème de l’adolescence salariée. Que dans les écoles normales et dans les Séminaires, des conférences et des Cercles d’Etudes soient institués dans cette intention;
3° que des efforts méthodiques soient tentés pour amener plus de collaboration entre l’école et la famille en vue d’une préparation plus adéquate des élèves à leur future vie de salariés;
4° qu’avant de quitter l’école, les élèves soient méthodiquement orientés par des personnes compétentes et dévouées, vers la J. O. C. qui seule peut les former, les protéger et les défendre, afin que la grande majorité des adolescents salariés profitent des effets bienfaisants et indispensables d’une formation post-scolaire adaptée à leur vie de jeunes salariés et qu’ils soient affiliés aux organisations professionnelles et mutualistes nécessaires;
5° que pendant la dernière année scolaire des représentants de la J. O. C. ou des spécialistes trouvent moyen de s’entretenir avec les élèves, de l’importance du choix du métier, d’un bon placement et d’un apprentissage sérieux;
6° que tous les élèves de dernière année soient examinés par un Office d’Orientation Professionnelle qui puisse mettre les élèves et les parents au courant des professions qui conviennent le mieux aux aptitudes et aux dispositions des adolescents examinés.
2. La Stabilité du Travail.
I. LES FAITS.
a) Un danger très grand menace actuellement les adolescents salariés : c’est l’instabilité de leur travail, l’incertitude du lendemain, la facilité de renvois ou de changements inconsidérés, avec toutes les conséquences désastreuses du chômage, du désœuvrement, du vagabondage, de la flânerie, du découragement, de la dégradation.
b) Les statistiques prouvent que c’est parmi les chômeurs, les instables au travail, que la délinquence juvénile est la plus élevée. Si le chômage est néfaste pour l’adulte, il est plus dangereux pour l’adolescent. L’obligation de la fréquentation scolaire n’existant plus, le jeune chômeur est abandonné à lui-même pour la recherche d’une nouvelle occupation et d’une nouvelle place. De là les changements fréquents de métier, l’interruption et souvent l’abandon de l’apprentissage, l’acceptation de besognes ou d’emplois n’ayant été précédés d’aucune instruction professionnelle.
c) Les effets désastreux tant au point de vue économique qu’au point de vue social, ne retombent pas seulement sur les individus, dont l’avenir est compromis, mais sur le pays dont la prospérité industrielle et la renommée professionnelle sont menacées.
II. LES VOEUX.
La J. O. C. demande :
1° que les parents soient mis au courant des conséquences déplorables de l’instabilité du travail des jeunes travailleurs;
2° que des mesures soient prises pour remédier aux embauchages temporaires, nécessairement limités, des adolescents salariés;
3° que les jeunes travailleurs ne changent pas sans motif sérieux d’emploi et de profession;
4° que toutes les autorités sociales s’entendent pour lutter contre le chômage des jeunes travailleurs;
5° que les jeunes chômeurs ne soient pas abandonnés à eux-mêmes pour la recherche de nouvelles occupations;
6° que dans les Bourses du Travail, des sections spéciales reliées aux Secrétariats d’Orientation Professionnelle, soient créées pour le placement des jeunes travailleurs;
7° que l’on mette à l’étude l’organisation de « Centres d’Education » dont la fréquentation pourrait être rendue obligatoire aux jeunes chômeurs.
3. L’Apprentissage.
I. LES FAITS.
a) L’apprentissage n’existe pas légalement. Il n’est ni encouragé, ni surveillé, ni sanctionné. Dans quelques grandes firmes, les patrons donnent une formation technique méthodique aux jeunes ouvriers. Dans l’imprimerie un contract collectif règle l’apprentissage. Partout ailleurs, le jeune ouvrier s’initie à la profession en servant d’aide ou de manœuvre à un ouvrier adulte. Son plus ou moins grand esprit d’observation lui apprendra les opérations, les tours de main; ses initiatives et ses essais personnels lui révèleront les secrets du métier. Stimulé par le désir du gain, il changera le plus vite possible de patron, pour pouvoir passer comme demi-ouvrier ou ouvrier; il cachera son âge, exagérera ses connaissances, haussera le taux de son ancien salaire pour gagner davantage. D’ailleurs le travail en « série » trop prolongé tue chez les jeunes toute initiative technique.
b) Si l’apprentissage technique est abandonné au hasard, l’apprentissage moral, ou, si l’on préfère, l’acquisition de la conscience professionnelle, est pratiquement inexistant. L’honneur de la profession, ses traditions artistiques; la probité professionnelle, le souci de la bonne qualité de l’ouvrage et de la marchandise; le souci d’économie de la matière première, le respect du matériel et des machines, l’ordre à observer dans le rangement des pièces, de l’outillage et de l’établi; la préoccupation du rendement et du prix de revient; la solidarité bienfaisante et prévoyante, l’esprit syndical; tout le code moral du travail, dans sa conception humaine, sociale et religieuse; tout ce côté spirituel de l’apprentissage, de la profession et du travail disparaît de plus en plus de la production et de l’industrie moderne, parce qu’aucune tentative organisée et méthodique n’est entreprise pour restaurer et pour réadapter ce respect et cet amour du travail qui étaient la gloire des corporations du Moyen-Age au temps de leur splendeur.
c) Les conséquences de cette anarchie dans l’apprentissage technique et moral retombent lourdement sur l’adolescence salariée. Abandonnés à eux-mêmes, les jeunes travailleurs ont à vaincre des tentations et des difficultés trop grandes pour leur âge, leur inexpérience et leur faiblesse. Ils sont souvent exploités, brimés, maltraités, interpellés rudement et grossièrement. Les notions morales de dignité, de respect de soi, de tenue, d’activité, de probité, de justice, de valeur du travail, de générosité, de charité s’effacent de leur conscience. La discipline qui aurait dû garder un caractère moral comme l’autorité, le commandement, l’obéissance et la soumission, n’a plus qu’un aspect mécanique de répression, de brutalité, de force. La conscience des jeunes travailleurs n’est plus formée et l’honneur du travail disparaît.
II. LES VOEUX.
La J. O. C. demande :
1° que les organisations patronales et ouvrières se concertent pour réintroduire dans chaque profession un apprentissage technique, méthodique, surveillé et sanctionné;
2° que les Pouvoirs Publics approuvent et rendent obligatoires les conventions collectives concernant l’apprentissage technique;
3° que les organisations patronales et ouvrières se concertent pour examiner la cause de la perte de la conscience professionnelle et pour promouvoir toutes les mesures nécessaires pour remettre en honneur le culte du travail et le code moral de la profession;
4° que toutes les fédérations régionales et toutes les sections de J. O. C. poussent à fond l’enquête sur la situation de l’apprentissage dans les différentes régions, les industries et les entreprises;
5° que les Cercles d’Etudes, les réunions mensuelles, les journées d’études consacrent leur attention à la formation de la conscience professionnelle des J. O. Cistes:
6° que toutes les sections de J. O. C. demandent à leurs membres de renseigner les ateliers où un apprentissage est possible et où les jeunes sont traités avec un minimum d’égards;
7° qu’une place de plus en plus grande soit réservée dans les bibliothèques, les revues, les journaux professionnels, à la formation technique et générale des jeunes travailleurs, à l’application de la morale chrétienne à la vie professionnelle et à l’explication des qualités et vertus professionnelles;
8° que toutes les autorités sociales comprennent qu’une morale professionnelle et la mise en pratique de cette morale professionnelle est impossible sans une organisation professionnelle basée sur la morale chrétienne;
9° que toutes les autorités sociales s’appliquent, à partir de l’école, à promouvoir et à recommander les organisations professionnelles chrétiennes, qui sont les écoles d’une morale professionnelle harmonisant et unissant indéfectiblement les droits et les devoirs de tous les agents de la production.
4. L’enseignement Professionnel.
I. LES FAITS.
a) Dans beaucoup de professions un apprentissage technique pratique est insuffisant et doit être complété par un enseignement professionnel ouvrant l’intelligence des jeunes apprentis, leur expliquant tous les aspects de leur profession et les empêchant de tomber dans une pratique routinière qui paralyserait leur développement intellectuel.
b) La majorité des jeunes adolescents salariés de Belgique sont privés d’un enseignement professionnel adapté et méthodique, et la plupart de ceux qui suivent des cours professionnels ne persévèrent pas jusqu’à l’examen final. Dans certaines régions du pays, la cause de cette situation est l’inexistence ou l’insuffisance d’un enseignement professionnel accessible. Là même où cet enseignement existe, les adolescents ne sont pas suffisamment encouragés à suivre les cours professionnels, soit parce que trop de parents ne voient que le gain immédiat à réaliser ou qu’ils se laissent dominer par leurs enfants qui cessent par coup de tête les cours entrepris, soit parce que les professeurs manquent de formation méthodique, soit parce que les patrons et les pouvoirs publics ne soutiennent pas les efforts des jeunes adolescents qui veulent suivre les cours professionnels.
c) D’ailleurs, pour l’enseignement professionnel comme pour l’apprentissage, la partie technique ne peut être séparée de la partie morale. Un grief à faire valoir contre beaucoup d’écoles professionnelles officielles, c’est qu’elles n’enseignent pas une morale du travail. Il ne suffit pas de faire des techniciens habiles, il faut préparer des techniciens honnêtes, conscients des devoirs que leur impose leur valeur professionnelle et qui réalisent dans leur vie de travail un idéal noble et élevé. C’est pourquoi nous n’admettrons jamais que la neutralité soit un idéal, même pour l’enseignement professionnel. Il est absurde de vouloir mettre une cloison étanche entre la vie professionnelle et la vie morale d’un individu ou d’une collectivité. L’enseignement professionnel, pénétré d’esprit chrétien est le seul qui mérite notre confiance et notre attachement. Et surtout que cet esprit chrétien soit véritablement, pratiquement, concrètement et activement social! Où sont allés les élèves sortis de nos écoles professionnelles libres? Si l’Ecole Professionnelle veut former des élèves sociaux, des convaincus et des meneurs ayant tout à-la-fois une formation religieuse, morale, sociale et technique, il faut que par des organismes appropriés, elle aide les jeunes à se préparer au rôle qu’ils devront remplir un jour dans les organisations d’adultes et dans leur atelier. Les sections de J. O. C., les sections syndicales et mutualistes, les sections d’épargne, les Cercles d’Etudes, sont indispensables dans ce but.
d) Nous croyons que l’enseignement professionnel doit être adapté aux besoins économiques du pays, qu’il doit être combiné avec une organisation méthodique de l’Orientation Professionnelle, afin de ne pas encombrer certaines industries au détriment des autres,
II. LES VOEUX.
La J. O. C. demande :
1° que dans toutes les régions du pays soit organisé un enseignement professionnel facilement accessible aux jeunes gens;
2° que partout l’admission dans les écoles professionnelles soit subordonnée à un examen du sujet par un office d’Orientation;
3° que toutes les initiatives privées pour établir un enseignement professionnel adapté soient largement subsidiées par les industriels et par tous les pouvoirs publics;
4° que les heures de cours professionnels n’imposent pas aux élèves des veillées trop tardives et ne les empêchent pas le dimanche de pratiquer facilement leurs devoirs religieux;
5° que les patrons encouragent généreusement les efforts des adolescents qui persévèrent dans l’acquisition d’un enseignement professionnel complet, par l’extension des allocations familiales pour les élèves qui fréquentent les cours professionnels, par des gratifications et un régime favorisant ceux qui ont suivi les cours et surtout les diplômés, par des primes à ceux qui fréquentent les écoles industrielles du soir;
7° que les organisations professionnelles ouvrières créent des bourses d’études pour leurs membres dont les enfants fréquentent une école professionnelle chrétienne et qu’elles puissent faire valoir leur avis et apporter leur collaboration efficace pour tout ce qui regarde la création et l’amélioration des centres d’enseignement professionnel;
8° que toutes les sections de la J. O. C. par des enquêtes, des démarches, des conseils, des conférences aux parents et aux jeunes adolescents, des visites aux écoles professionnelles et autres, propagent partout les effets bienfaisants d’un enseignement professionnel, adapté aux exigences des jeunes ouvriers et pénétré d’un esprit chrétien et social;
9° que l’organisation nationale de J. O. C. soit en rapports suivis avec l’Université Libre du Travail pour l’extension de son mouvement dans toutes les écoles professionnelles libres du pays.
5. La Sécurité du Travail.
I. LES FAITS.
a) Nombreux sont les jeunes travailleurs qui sont victimes d’un accident de travail. Soit que le patron les occupe trop tôt au service des machines, soit que par suite d’inattention, de légèreté ou d’espièglerie ils soient blessés à l’un ou l’autre membre, soit que la durée excessive du travail, la fatigue exagérée d’un labeur au dessus de leurs forces les exposent plus facilement à un accident, un grand nombre de jeunes travailleurs sont des invalides précoces de l’armée travailleuse.
b) La loi sur les accidents de travail accorde une indemnité insuffisante à des adolescents, dont souvent tout l’avenir professionnel est compromis. Le manque d’organisation abandonne un trop grand nombre de jeunes travailleurs à une lutte inégale contre de puissantes sociétés
D’assurance.
c) Des blessures bénignes au début, ont souvent des suites graves par la négligence des soins immédiats. Il y a bien des boîtes de secours dans les ateliers, mais il y a peu de personnel capable de donner les premiers soins, et l’insouciance de l’âge aidant, la blessure n’est pas soignée, le médecin n’est pas consulté, la grangrène se met dans la plaie, et il fait recourir à une opération. C’est un invalide en plus.
d) Une lacune presque générale dans la solution de la question des accidents de travail, c’est l’absence de la rééducation professionnelle des accidentés. Un jeune homme incapable par suite d’un accident de travail d’exercer encore son ancien métier, pourrait fort bien, par une rééducation professionnelle adaptée, apprendre un nouveau métier, dans lequel il pourrait atteindre son plein rendement. Comme c’est plus digne et plus moral, qu’une indemnité insuffisante avec une occupation subalterne! On a vu les merveilles réalisées par la rééducation professionnelle des invalides de guerre. Tout jeune accidenté devrait être soumis à une orientation professionnelle nouvelle et pouvoir profiter d’une rééducation professionnelle adaptée à son état d’accidenté.
II. LES VOEUX.
Voilà pourquoi la J. O. C. demande :
1° que les mesures préventives contre les accidents de travail soient de plus en plus répandues et vulgarisées;
2° que les jeunes travailleurs soient de plus en plus éduqués en vue de la prévention contre les accidents de travail et en vue des premiers soins en cas d’accidents;
3° que la déclaration et l’examen de toute blessure quelque bénigne qu’elle soit, soient rendus obligatoires et que dans tout atelier ou usine un personnel diplômé puisse donner les premiers
soins aux accidentés;
4° que la loi sur les accidents de travail soit revisée dans le sens d’une indemnisation plus équitable des jeunes accidentés du travail en tenant compte de leur avenir plus ou moins compromis; et non pas uniquement de leur salaire souvent encore insignifiant;
5° que l’indemnisation définitive d’un jeune accidenté du travail, soit d’office soumise à un tribunal arbitral qui statuera sur chaque cas;
6° que tout jeune accidenté du travail soit d’office soumis à un examen de réorientation professionnelle et que l’occasion lui soit offerte, à charge de la société d’assurance, de réapprendre un nouveau métier;
7° que toutes les fédérations régionales de J. O. C. établissent un service de renseignements et d’assistance pour les jeunes accidentés du travail et que tous les cas soient signalés au Secrétariat Général de la J. O. C.;
8° que tout J. O. Ciste victime d’un accident de travail s’adresse immédiatement et avant de rien signer, à la Fédération Régionale de J. O. C. et à son organisation syndicale.
6. L’Hygiène et la Propreté du Travail.
I. LES FAITS.
a) A part des exceptions qui méritent tous les éloges, les ateliers et les usines de Belgique sont en retard pour tout ce qui regarde l’hygiène et la propreté. Nous ne parlons pas seulement de professions qui par suite des matières premières ou des procédés chimiques employés sont notoirement nocives à la santé des travailleurs. Pour ces industries surtout, les autorités publiques et les dirigeants industriels seraient gravement coupables, s’ils négligeaient les précautions à prendre contre les maladies professionnelles. Mais, en général les règles élémentaires de l’hygiène, tant pour la ventilation, l’aération, l’éclairage, l’aspiration des poussières, le nettoyage, le cubage des salles, leur chauffage, la protection contre l’humidité sont trop souvent négligées. Il semble parfois que la santé des travailleurs préoccupe peu certains dirigeants de l’industrie et que ceuxci estiment que les dépenses d’hygiène grèveraient outre mesure et inutilement les frais généraux des entreprises.
b) Des arrêtés royaux ont certes instauré et réglementé l’inspection médicale des jeunes travailleurs! Mais nos enquêtes démontrent l’impuissance de l’inspection médicale actuelle, malgré le dévouement de ses agents. La plupart des entreprises d’ailleurs n’ont aucun personnel diplômé pour la surveillance et l’application des mesures d’hygiène.
c) Que dire alors des conditions de malpropreté dans lesquelles la plupart des ouvriers sont encore obligés de travailler! Il y a beaucoup d’ateliers et d’usines où les lavoirs sont inconnus. Les ouvriers sont obligés de se laver, après des heures d’une besogne salissante, dans des seaux malpropres et avec de l’eau souillée. Pas de savon, pas d’essuie-mains, pas de lavabos. Dans la plupart des usines les bains-douches sont inconnus.
d) Les ouvriers changent de vêtement pour travailler. C’est plus commode et moins coûteux. Dans combien d’entreprises ne découvret-on pas le moindre vestiaire, la moindre armoire pour les vêtements?
e) Quant au repas, dans beaucoup d’ateliers les ouvriers le prennent sur le pouce, à côté de l’établi, près de la machine, dans la poussière et rafraîchir les dans la saleté, sans pouvoir se mains. Dans d’autres, les ouvriers se font chercher un peu de soupe ou de boisson dans un cabaret des environs ou chez la concierge. Dans d’autres, le personnel doit quitter l’usine pour s’engouffrer dans les cabarets des alentours ou pour s’adosser aux murs et s’asseoir sur les trottoirs et les talus. Peu de réfectoires, peu de locaux où la gamelle et le café peuvent être rechauffés. On peut compter sur les doigts les usines où les repas sont servis à tout le personnel.
f) Ce qui étonne dans presque toutes les usines belges, c’est l’état déplorable des W. C. Est-il admissible que nos ouvriers soient obligés de satisfaire des besoins intimes dans les endroits aussi répugnants?
g) Qui serait surpris après tout cela des défauts de notre classe ouvrière; de son manque de tenue, de distinction? Qu’on soumette à ce régime les adolescents des classes « dirigeantes » et l’on verra le résultat! Cette absence complète de propreté encourage les instincts vicieux et il ne faut plus s’étonner des souillures, des inscriptions souvent pornographiques, des dégradations apportées au matériel, aux murs et aux salles!
h) On ne peut pas s’étonner non plus de la résistance que des ouvriers, dont on a négligé l’éducation, opposent aux mesures d’hygiène et de sécurité que l’on tente d’introduire tardivement, du peu de soin qu’ils apportent à l’entretien des locaux et des appareils mis à leur disposition. Il faut remonter, comme nous l’avons fait, aux causes lointaines de cette situation et commencer l’œuvre de réforme par le commencement.
i) Si le manque de propreté est flagrant, on ne peut guère demander des essais d’embellissement, d’ornementations florales ou décoratives dans les salles, les cours, et les bâtiments d’usine. La laideur, la malpropreté et l’insalubrité, mettent une empreinte de malédiction sur certains lieux du travail, jusqu’à les faire ressembler à des prisons ou à des bagnes; quand la beauté, la prepreté, la salubrité devraient mettre un cachet riant et attrayant sur les sanctuaires où s’élaborent les perfectionnements apportés par le génie de l’homme, reflet de l’Intelligence créatrice, aux produits de la nature.
j) Mais jamais des initiatives patronales ou des mesures législatives n’auront un effet réel et bienfaisant, si elles ne sont pas combinées avec une éducation de plus en plus adaptée des jeunes ouvriers, faite au sein des organisations ouvrières spéciales. Dans aucun pays, un mouvement sérieux de prévention des accidents du travail, d’amélioration de l’hygiène et de la propreté, d’embellissement des locaux n’a pleinement réussi sans la collaboration intime des organisations ouvrières, qui ont le devoir de relever le niveau intellectuel et moral des travailleurs, de leur faire prendre des habitudes d’hygiène, de propreté, de tenue, de respect qui constituent des richesses autrement importantes que les salaires.
II. LES VOEUX.
Voilà pourquoi la J. O. C. demande :
1° que dans toutes ses sections des efforts inlassables soient tentés pour l’éducation hygiénique, esthétique et morale des jeunes travailleurs;
2° insiste pour que cette éducation soit toujours unie à l’organisation mutualiste des jeunes travailleurs;
3° fait appel à la collaboration des médecins, des techniciens et des artistes pour donner des conférences avec films et projections lumineuses et pour aider à la décoration des locaux et des salles de réunion et à l’élaboration des programmes de fêtes et de soirées éducatives et récréatives et artistiques;
4° demande que les organisations patronales et ouvrières collaborent à l’amélioration hygiénique de tous les services d’hygiène, de propreté et de confort nécessaires (bains – lavoirs – vestiaires – réfectoires, W. C.) et à l’éducation hygiénique, esthétique et générale de la masse ouvrière.
5° proteste contre l’inobservance des arrêtés royaux sur la visite médicale et insiste pour que des sanctions sévères soient prises contre les coupables;
6° insiste pour que tous les moyens soient mis en œuvre afin que l’opinion publique comprenne l’importance que les mesures d’hygiène, de propreté et de confort ont pour le relèvement intégral de la classe ouvrière et que l’opinion publique poursuive de sa réprobation effective les responsables de toutes les causes de dégradation de la jeunesse ouvrière.
7. La Pudeur au Travail.
I. LES FAITS.
a) L’habitude de la malpropreté et l’absence de tenue sont déjà par elles-mêmes des atteintes à la dignité morale, désastreuses pour le jeune ouvrier. Que dire alors de la promiscuité révoltante qui règne dans certaines usines, où jeunes gens et jeunes filles se déshabillent dans les mêmes salles, sont laissés sans surveillance pendant les repas et les repos, assistent à des scènes de provocation inimaginables, sont initiés brutalement à toutes les perversions? Certaines cours et salles d’usines, les environs de certaines usines, les salles d’attente, les quais et les environs de certaines gares sont des occasions de débauche pour un grand nombre de jeunes ouvriers.
b) Nous parlerons dans un autre chapitre de l’éducation sentimentale de la jeunesse ouvrière. Nous voulons insister ici sur les circonstances extérieures qui tuent lentement, mais surement toute pudeur et toute réserve. Les circonstances relatives au travail jointes à celles du logement et des lieux de plaisirs sont les causes les plus habituelles du débraillé, de l’immoralité, de la brutalité et du cynisme dans l’étalage de l’instinct sexuel et du vice impur.
II. LES VOEUX.
Voilà pourquoi la J. O. C. demande :
1° que toutes les promiscuités, les négligences, les provocations soient sévèrement prévenues, tant dans le logement que pendant le travail, les trajets et les repos, de manière à sauvegarder la pudeur et la réserve des adolescents et des adolescentes salariés;
2° que les autorités industrielles et les administrations publiques comprennent que la pudeur des jeunes gens et des jeunes filles de la classe ouvrière est aussi sacrée que celle de la jeunesse des autres classes et que tolérer le manque de réserve et de pudeur à leur égard est un crime social qui reçoit dans la dépravation des mœurs un terrible châtiment;
3° que toutes les sections de J. O. C. s’efforcent de dénoncer sans scrupule et sans respect humain les atteintes à la pudeur et à la réserve de l’adolescence ouvrière et tâchent par tous les moyens de préserver cette fleur de l’innocence qui est la meilleure garantie de la force morale.
4° que les organisations ouvrières d’adultes insistent auprès de leurs membres afin que les jeunes travailleurs soient plus respectés dans leur pudeur.
8. La Durée du Travail.
I. LES FAITS.
a) La durée du travail des adolescents doit être proportionnée à leur âge et à leur force. Les adolescents sont tous des apprentis, et de même qu’on ne prolonge pas outre mesure la durée des études journalières des jeunes gens, on ne peut prolonger jusqu’à la mesure des adultes, le travail des adolescents. A l’heure actuelle, il semblerait, à voir ce qui se pratique, qu’il ne faille pas faire de distinction entre la durée du travail d’un homme de trente ans et celle d’un adolescent de 14 et de 15 ans. Il existe encore des usines où à certaines périodes des adolescents font des journées de travail de 14 et même de 16 heures, sans compter les heures de trajet avant et après le travail.
b) Les heures de travail doivent aussi tenir compte de la nécessité de procurer à tous les jeunes gens salariés des facilités pour assister à des cours d’enseignement professionnel, et même à des réunions d’éducation générale, physique, morale et sociale. Le système du travail par équipes finissant à des heures tardives est sous ce rapport préjudiciable à beaucoup de jeunes gens, ceux-ci ne pouvant assister que très irrégulièrement à des cours ou à des réunions, se découragent et abandonnent l’école ou l’organisation.
II. LES VOEUX.
Voilà pourquoi la J. O. C. demande :
1° que la réglementation de la durée du travail des adolescents soit fixée par des commissions paritaires, dans lesquelles la J. O. C. doit obtenir une voix consultative, en tenant compte de l’âge, de la difficulté du travail, et du besoin d’éducation des adolescents salariés;
2° que sous aucun prétexte le travail des adolescents ne se prolonge au delà de huit heures et qu’il soit réglé de telle sorte que les soirées soient, autant que possible, libres pour les cours et les séances éducatives;
3° que les sections de J. O. C. étudient les moyens de fournir aux jeunes salariés des industries où l’on travaille à trois équipes, les occasions nécessaires de formation intellectuelle et morale.
9. Travail de Nuit et du Dimanche.
I. LES FAITS.
a) Il est aisé de constater les effets nuisibles du travail de nuit et du dimanche, surtout pour les adolescents et pour les jeunes gens. Au point de vue de la moralité et de la santé, fatalement, il a des suites funestes, à cause du relâchement de la surveillance, de l’irrégularité de la vie et de l’absence de plus en plus grande de réconfort spirituel.
b) Le travail de nuit ne pourrait en aucun cas être toléré avant seize ans, et le travail du dimanche et des fêtes religieuses légales ne devrait être permis que dans des cas de nécessité, tout à fait exceptionnellement et seulement à condition que toutes facilités soient données aux ouvriers d’assister à la Messe et de participer à la Communion.
II. LES VOEUX.
Voilà pourquoi la J. O. C. demande :
1° que l’enquête sur le travail de nuit et du dimanche soit menée vigoureusement par toutes les sections et qu’une attention spéciale soit accordée aux effets moraux et hygiéniques du
travail de nuit et du dimanche.
2° qu’une propagande intense soit entreprise pour éclairer l’opinion publique sur les dangers du travail de nuit et du dimanche en particulier pour les jeunes ouvriers;
3° que la législation en vigueur sur le travail de nuit et du dimanche soit appliquée et sanctionnée plus sévèrement;
4° que le travail de nuit soit interdit à tous les jeunes gens âgés de moins de 16 ans en supprimant toutes les dérogations;
5° que le travail du dimanche ne soit toléré qu’en cas de nécessité véritable reconnue de commun accord entre les organisations patronales et ouvrières et qu’il soit organisé de telle façon à permettre à tout travailleur de participer aux offices religieux et d’approcher de la Table
Sainte.
10. Les Travaux Pénibles et Dangereux.
I. LES FAITS.
a) Il existe une loi sur l’interdiction des travaux pénibles et dangereux et sur l’emploi des mesures d’hygiène dans certaines industries. Malheureusement l’application de pareilles lois suppose une inspection vigilante et suffisamment étendue. Or, en Belgique, le nombre et les pouvoirs des inspecteurs du travail sont insuffisants. Combien d’adolescents voient leur santé ébranlée et leur avenir compromis par un travail précoce, exagéré pour leur âge et pour leurs forces physiques. C’est du blé coupé en herbe! Les organisations ouvrières devraient coopérer plus largement à la surveillance de pareils travaux.
b) A côté des travaux trop pénibles et dangereux pour le corps, il en est d’autres funestes pour l’âme. Les métiers de grooms, chasseurs, porteurs de télégrammes ne sont pas assez surveillés. Et combien d’adolescents de 14, 15 et 16 ans sont initiés à toutes les perversions de notre société moderne dans certains hôtels, restaurants, cafés, bars, et maisons de nuit, où leurs fonctions les appellent.
c) Que dire alors de l’emploi d’enfants dans les théâtres, les cafés-concerts, les salles de spectacles? Il existe là des centaines de malheureux voués dès l’âge le plus tendre à la débauche et à la prostitution. Comment stigmatiser l’inconscience des Pouvoirs Publics, qui permettent ce sacrifice injustifiable à la curiosité malsaine de spectateurs et à l’amusement stupide de viveurs et de noceurs. Aucune protestation ne sera assez violente contre l’abaissement moral de notre Société moderne.
II. LES VOEUX.
La J. O. C. demande :
1° Une application plus rigoureuse de la loi sur les travaux pénibles et dangereux;
2° Une inspection mieux organisée pour la protection de l’adolescence salariée;
3° une participation plus effective des organisations ouvrières dans l’inspection de ces travaux pénibles et dangereux;
4° préconise une propagande plus intense contre les emplois de grooms, chasseurs, porteurs de télégrammes, commissionnaires, garçons de courses;
5° exige l’interdiction absolue de l’exhibition des enfants et des adolescents dans les théâtres, cafés-concerts, salles de spectacles et une police plus sévère dans ces lieux de plaisirs.
II. Le Salaire des Adolescents.
1. LES FAITS.
a) On énonce des idées étranges et contradictoires sur les salaires payés aux adolescents. Il suffit de comparer des salaires payés à 14, 15, 16 et 17 ans pour voir qu’il n’y a pas de rapport entre la capacité du travailleur et sa rénumération. Il est à remarquer que les caisses de compensation excluent, sans distinction, du calcul des allocations familiales, les adolescents salariés, sans se préoccuper suffisamment de la répercussion de cette règle sommaire et uniforme sur la formation professionnelle des fils de familles nombreuses. Quant à la fixation des taux des salaires aux adolescents ou bien il n’existe pas de convention collective ou bien les conventions collectives ne sont guère observées.
b) Les jeunes gens changent de patron ou de métier pour gagner 5 ou 10 centimes de plus à l’heure. Et comme les différences de salaires sont souvent très notables sans avoir aucun rapport avec les connaissances requises ou l’effort fourni, les changements sont vraiment déroutants. Tel qui apprenait un métier qualifié devient garçon de courses pour un gain immédiat plus élevé. Nous savons que toutes les réglementations de salaires sont difficiles, surtout pour les adolescents. Mais pourtant il est inadmissible que les patrons puissent attirer des adolescents de 14 à 17 ans, uniquement par un appât d’argent, dont les adolescents abusent d’ordinaire, en sacrifiant souvent tout leur avenir. N’y a-t-il pas là un abus criant, quand il s’agit de mineurs qui sont encore presque des enfants?
c) Voilà pourquoi, nous pensons que la question du salaire, comme toutes les autres questions intéressant les jeunes ouvriers, devrait faire l’objet de conventions collectives entre organisations patronales et ouvrières à l’occasion desquelles l’organisation générale de Jeunesse Ouvrière devrait pouvoir exposer son avis. C’est, croyonsnous, conformément aux anciennes traditions corporatives et syndicales, dans la limitation du nombre des jeunes gens qu’un patron peut employer, que l’on doit trouver la solution de ces graves problèmes.
II. LES VOEUX.
La J. O. C. demande :
1° que la fixation des salaires des adolescents salariés ainsi que toutes les autres questions qui s’y rapportent soient réservées à des commissions paritaires, formées par les organisations patronales et ouvrières;
2° que l’organisation générale de la J. O. C. puisse exposer le point de vue de la jeunesse salariée pour la solution de toutes les questions qui influencent grandement l’avenir des adolescents;
3° que l’on examine s’il ne conviendrait pas d’interdire l’emploi de jeunes gens de moins de 21 ans dans les industries et commerces qui ne peuvent leur donner aucune formation professionnele;
4° que l’on examine s’il serait utile de limiter à une fraction du nombre des ouvriers adultes, le nombre des jeunes ouvriers de moins de 21 ans, tout au moins dans certaines professions.
12. La Situation des Jeunes Employés.
I. LES FAITS.
a) Bien des plaintes s’élèvent sur la situation des jeunes employés. Ce n’est pas parce qu’ils portent un faux-col et parfois des manchettes, qu’ils ont des vêtements plus soignés ou travaillent dans des bureaux, qu’il faudrait les regarder comme l’aristocratie du monde du travail. Hélas, bien des parents se trompent quand ils préfèrent voir leur fils exercer un emploi de gratte-papier, plutôt qu’une profession qualifiée.
b) Et certaines écoles rendent un mauvais service aux parents et aux jeunes en poussant ceux-ci vers des emplois mal rémunérés et sans aucun avenir. Une préparation insuffisante est une cause fréquente de misère noire pour des jeunes gens qui préférèrent des mains intactes à des mains calleuses.
c) Trop d’adolescents trouvent un emploi subalterne à la fin de leurs études primaires sans même avoir passé par l’office d’orientation professionnelle. Beaucoup ne suivent pas même des cours techniques. Ils se contentent d’un peu de sténographie, ou de dactylographie sans même connaître l’orthographe. De là ces emplois de copistes, de classeurs, d’aides-facturiers et autres occupations qui n’exigent que peu d’intelligence et de discernement.
d) Les traitements mensuels inférieurs à trois cents francs ne sont pas rares. L’encombrement de la profession n’en est-il pas la cause? Que d’amateurs pour des places mal rétribuées où l’on n’apprend rien! Ajoutez-y les heures supplémentaires non payées, parfois même le travail du dimanche, les besognes emportées à domicile, et l’on plaindra amèrement les jeunes forçats de la plume pour lesquels il n’y a guère de perspective d’avancement et d’avenir.
e) Beaucoup se trompent également en pensant que le milieu employé est plus moral que le milieu ouvrier. Hélas, combien les preuves du contraire sont nombreuses! La promiscuité des jeunes gens et des jeunes filles, celles-ci souvent en toilettes provocantes, les gravures qui couvrent les murs, les conversations de certains aînés font que certains bureaux sont pires que des ateliers!
II. LES VOEUX.
Voilà pourquoi la J. O. C. demande :
1° qu’aucun jeune homme ne se destine à la carrière d’employé sans avoir passé par un office d’orientation professionnelle et sans avoir reçu une préparation générale et professionnelle suffisante;
2° que tous les jeunes employés continuent à parfaire leur formation générale et professionnelle en suivant des cours qui leur garantissent les connaissances nécessaires à un avancement progressif;
3° que les heures supplémentaires et le travail du dimanche soient sévèrement défendus aux jeunes employés pour leur permettre de suivre les cours de perfectionnement;
4° que tous les groupes de J. O. C. s’appliquent à développer chez les jeunes employés l’esprit syndical aussi nécessaire pour eux que pour les jeunes ouvriers;
5° qu’un esprit de franche camaraderie unisse tous les jeunes employés aux autres jeunes salariés dans tous les groupes de J. O. C. afin d’intensifier chez tous l’entr’aide et la solidarité;
6° qu’un effort spécial soit tenté pour former la conscience morale et développer l’esprit religieux des jeunes employés!
IV. LE ROLE EDUCATIF DES GROUPEMENTS DE J. O. C.
1. L’organisation des Jeunes Travailleurs.
I. LES MOTIFS.
a) La J. O. C. estime que le problème de la formation morale, religieuse, sociale et professionnelle de la masse des jeunes travailleurs est insoluble sans une organisation nationale puissante, qui groupe tous les jeunes travailleurs dès la sortie de l’école, qui les tire de l’isolement et de l’abandon; qui les aide à se former, à se défendre et à se protéger; qui veille à leur tutelle au travail, en route vers le travail, au retour du travail; qui supplée à la famille absente ou défaillante, par l’influence reconnue et méritée de l’association des jeunes travailleurs unis entr’eux; qui puisse étudier tous les problèmes posés par la vie et par le travail des jeunes ouvriers; qui puisse être le mandataire reconnu de l’Adolescence Salariée auprès des patrons, auprès des autorités publiques et auprès des organisations ouvrières; qui contribue à créer tous les services nécessaires à l’éducation, à la sauvegarde et à la défense des jeunes travailleurs.
b) Sans organisation puissante des jeunes travailleurs, pas de formation morale, religieuse et sociale, adaptée à leur âge, à leur mentalité et à leurs besoins; pas de tutelle et de protection efficace; pas de solution définitive à tous les problèmes posés par l’âge, par le travail et par la vie des jeunes travailleurs.
Cette vérité paraîtra évidente à tous ceux qui veulent étudier la situation actuelle de la jeunesse salariée. Les pouvoirs publics sont impuissants à sauvegarder et à former la masse des jeunes salariés, si ceux-ci restent isolés, éparpillés, abandonnés à eux-mêmes. Les patrons avec l’organisation existante de l’industrie et du commerce, ne pourraient assumer la responsabilité de l’éducation générale, ni de l’éducation professionnelle qui reste à parfaire après l’école. Les organisations ouvrières d’adultes ne disposent pas d’éducateurs spécialisés pour assumer la tâche immense de la formation intégrale de l’adolescence salariée.
c) D’ailleurs, il n’y a qu’une méthode d’éducation vraiment efficace, vraiment adaptée à l’âge, à la mentalité, aux besoins des jeunes salariés : c’est celle de leur organisation spéciale, dans laquelle entr’eux, par eux et pour eux, ils collaborent eux-mêmes à leur propre formation, s’initient progressivement à la pratique de la responsabilité, du dévouement, de la générosité et de la coopération fraternelle. Dans leur organisation, ils apprennent à consentir librement la discipline nécessaire, s’exercent à l’autorité sur leurs compagnons de travail, prennent conscience de leurs devoirs et de leurs droits; acquièrent la juste notion de leur dignité, de leur valeur; se forment une conscience professionnelle concrète par la discussion des circonstances journalières de leur travail et de leur vie; se préparent à leurs responsabilités familiales et civiques futures, par l’étude loyale de la morale catholique, qui leur explique la portée sublime de leurs besoins d’affection, d’amitié et d’amour et qui leur inculque avec le respect d’eux-mêmes, le respect de celles qui seront leurs fiancées et leurs épouses de demain, capables et dignes d’être les mères et les éducatrices de leurs enfants. Dans leur organisation, ils trouveront l’occasion propice des amusements honnêtes, des distractions saines, des divertissements variés qui serviront en même temps à leur éducation.
d) Toute la formation que les jeunes salariés doivent recevoir dans l’organisation, loin d’être verbale, livresque ou purement théorique résultera beaucoup plus des actes que le fonctionnement de l’organisation oblige à poser librement, des habitudes qu’elle fait contracter consciencieusement, des services qu’elle met sur pied et auxquels tous collaborent, des réunions, des fêtes, des excursions, des manifestations auxquelles elle convie ses membres qui doivent leur donner la vie, l’animation et le succès désiré.
Toute l’organisation de la jeunesse ouvrière, avec ses secrétariats, ses salles de réunions, ses services d’orientation professionnelle, d’épargne, de mutualité, avec ses sections syndicales, ses cercles d’études, ses journaux, son insigne, ses cotisations, avec ses comités et ses congrès, forme une mentalité et une opinion, un courant d’idées, exerce une influence et un prestige, travaille sur l’imagination, crée enfin une atmosphère, une émulation et surtout une psychologie de la masse, grâce auxquelles les jeunes salariés ont plus de confiance, acquièrent plus d’audace, se surveillent davantage et se sentent plus soutenus, plus compris, plus aimés. Les exemples de cette bonne influence de l’organisation sont déjà nombreux et ils apparaîtront au grand jour dès que l’organisation aura acquis une force qui s’imposera.
e) Voilà pourquoi il faut assurer jalousement l’unité de cette organisation Nationale de la jeunesse ouvrière : cette unité est la condition indispensable de la puissance, de l’efficacité, de la compétence et de l’autorité d’un pareil groupement.
f) Certes cette organisation, quoique formant un tout vivant autonome, dont toutes les parties sont reliées entr’elles et dirigées par les jeunes travailleurs eux-mêmes, n’en fera pas moins partie intégrante du mouvement ouvrier chrétien, auquel elle se ralliera intimement à tous les degrés, local, régional et national, et dont elle reconnaît l’autorité pour la fixation du programme ouvrier chrétien, et pour l’organisation de tous les services financiers, économiques, mutualistes et syndicaux intéressant la classe ouvrière. Une des tâches les plus urgentes de l’organisation ouvrière de la jeunesse est de rendre les jeunes travailleurs conscients de leurs devoirs de solidarité vis-à-vis de tous les membres de la classe ouvrière et de les préparer au rôle important qu’ils auront à jouer plus tard dans les organisations ouvrières d’adultes.
g) Pous nous, catholiques, la formation et la protection intégrale des jeunes ouvriers n’est qu’une des formes multiples de l’Action Catholique, et à ce titre elle dépend directement et complètement de l’Autorité Religieuse. Les jeunes travailleurs catholiques; dans leurs efforts collectifs de formation et de protection intégrale, reconnaissent donc absolument l’autorité souveraine de l’Eglise et se soumettent filialement aux représentants de l’Autorité Religieuse mandatés auprès de leur organisation.
h) Dans leur désir ardent de s’unir étroitement à l’action catholique de toute la jeunesse, à quelque condition qu’elle appartienne, et dans leur Souci loyal d’appliquer en tout et partout la doctrine de collaboration des classes, ils s’affilient à l’Association Catholique de la Jeunesse Belge, dont ils acceptent les statuts et règlements et à la vie, à l’activité et à la propagation de laquelle ils entendent participer fraternellement.
II. LES VOEUX.
La J. O. C. veut être l’organisation nationale unique des jeunes travailleurs catholiques de Belgique et dans ce but elle demande :
1° que toutes les précautions soient prises pour sauvegarder l’unité et l’autonomie de cette organisation;
2° que les autorités religieuses aident efficacement la J. O. C. par leur direction, leurs conseils et leur appui dans son œuvre de formation et de protection intégrale des jeunes travailleurs;
3° que l’enquête générale sur l’adolescence salariée soit menée avec diligence parce qu’elle mettra plus pleinement en lumière la raison d’être de la J. O. C. et permettra de perfectionner ses méthodes et ses moyens d’action;
4° que les élèves de dernière année de toutes les contact avec les écoles catholiques entrent en sections de la J. O. C.;
5° que tous les élèves des écoles professionnelles libres deviennent des membres fidèles de J. O. C.;
6° que les patronages, les boy-scouts, les gymnastiques et toutes les organisations de jeunesse catholique fassent une propagande intense pour grouper tous les jeunes travailleurs dans les rangs de la J. O. C.
7° que dans toutes les paroisses une section de J. O. C. soit créée au sein de l’association paroissiale d’A. C. J. B.;
8° que tous les parents soutiennent par leur sympathie et leur autorité l’action de la J. O. C. sur leurs enfants;
9° que tous les patrons comprennent la nécessité de l’organisation des adolescents salariés, qu’ils reconnaissent l’importance de la J. O. C. pour la formation et la protection de la jeunesse ouvrière et qu’ils acceptent de traiter avec elle pour tous les problèmes de la sauvegarde morale, de la formation professionnelle et de la tutelle sociale des jeunes travailleurs;
10° que les organisations ouvrières d’adultes proclament dans toutes leurs réunions la nécessité pour les jeunes travailleurs de s’affilier aux sections de J. O. C.;
11° que tous les pouvoirs publics reconnaissent la mission bienfaisante et la portée sociale de l’œuvre entreprise par la J. O. C., qu’ils la soutiennent par leur sympathie et qu’ils lui accordent leur appui moral et matériel; qu’ils la considèrent comme la représentante de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne et qu’ils veuillent traiter avec elle pour tout ce qui regarde la formation et la protection des jeunes travailleurs.
2. La Formation Intégrale des Jeunes Travailleurs.
A. Nécessité de la formation post-scolaire.
La J. O. C. vise avant tout la formation intégrale des jeunes travailleurs. Une œuvre qui ne servirait qu’à amuser ses membres ne serait guère une œuvre sociale. Les jeunes travailleurs euxmêmes doivent comprendre petit à petit et de mieux en mieux qu’à 14 ans, quand ils quittent l’école, ils ne sont pas formés. L’instruction qu’ils ont reçue à l’école primaire est vite oubliée si elle n’est pas entretenue et complétée. Les parents et tout le grand public doivent comprendre de plus en plus que l’instruction primaire jusque 14 ans est inopérante et souvent nocive, si les jeunes après 14 ans, n’apprennent pas à utiliser pour leur plus grand bien les connaissances qu’ils ont acquises à l’école. A 14 ans, le jeune homme commence à juger par lui-même, à développer sa personnalité, à chercher une explication aux questions nouvelles que lui posent son âge, sa croissance, sa curiosité. Il cherche à satisfaire d’une bonne ou d’une mauvaise façon les besoins nouveaux qu’il ressent en lui, et en particulier son besoin d’amitié et d’affection. Il se fixe un but à atteindre dans la vie. C’est l’âge de la vraie formation, car l’enfance n’était qu’une préparation lointaine à cette formation. Cette formation ne peut être abandonnée au hasard des rencontres, des lectures, des camaraderies, des fréquentations. Elle ne peut être livrée à toutes les sources d’informations que fournissent au jeune homme les exemples de ses compagnons, leurs conversations, la promiscuité de l’atelier. Seul, le jeune travailleur est impuissant à discerner et à résister, et les impressions ressenties par son organisme lui font souvent contracter des habitudes vicieuses. Il faut inculquer à l’adolescent de 14 ans l’ambition de parfaire normalement sa formation, de la parfaire avec un guide éclairé et sous un contrôle garanti. Il faut surtout au jeune salarié de 14 ans, cette fierté de développer toutes les facultés si belles que l’école aurait dû lui faire entrevoir en lui. Il faut provoquer en lui cette émulation avec les jeunes gens de son âge, qui plus heureux que lui, peuvent consacrer toute leur adolescence et leur jeunesse à se former intégralement. Sa qualité de jeune travailleur, loin de diminuer son désir de formation, doit au contraire l’intensifier. Apprenons-lui à connaître les jeunes travailleurs qui à force d’énergie sont parvenus à se donner une formation générale et scientifique qui en a fait des inventeurs, des conducteurs d’hommes, des hommes d’Etat éminents! L’exemple de ces « self made men » devrait être plus connu de nos jeunes ouvriers et dans nos réunions comme dans nos revues de jeunesse, il faudrait publier leur vie et leurs efforts. La collaboration normale entre l’école et l’organisation générale des jeunes travailleurs doit procurer petit à petit à la masse des adolescents salariés les moyens faciles de formation intégrale et fournir aux éléments exceptionnellement doués et méritants les ressources nécessaires pour acquérir une formation supérieure et s’avancer au premier rang des chefs du peuple, des savants, des industriels; mieux encore, pour s’élever vers la sainteté et vers l’apostolat, si Dieu les y invite par sa grâce.
B. Formation intellectuelle.
C’est dans les cercles d’études, dans les cours généraux du soir, par les lectures, qu’il faut provoquer ce développement du jugement sain, cette curiosité éveillée pour les sciences et pour les questions vitales qui intéressent la conduite, la vie, le travail, et la destinée du jeune travailleur. Il doit apprendre à découvrir sous le camouflage de certains mots sonores le vide de la pensée. Il faut lui infuser cette avidité des connaissances d’histoire, de géographie, de technique et de sociologie qui élargissent l’horizon de la vie. La joie de connaître, de découvrir, de chercher doit remplacer en lui les jouissances inférieures. Il y a tant de ressources intellectuelles dans nos jeunes travailleurs; mais il faut concrètement, méthodiquement doser l’apprentissage intellectuel à ces jeunes facultés. Par des questions bien préparées, il faut amorcer la curiosité, éveiller la recherche et la guider. Trop de nos jeunes travailleurs s’abêtissent à l’heure présente dans les cinémas, par des romans stupides, par des nouvelles sportives sensationnelles. La formation intellectuelle de tous nos jeunes travailleurs est un grand apostolat social. Heureuses les communes et les paroisses où quelques chefs de file ne reculent devant aucun sacrifice pour l’entreprendre et y persévérer! Toutes les collaborations doivent être demandées dans ce but et les moyens les plus modernes doivent être mis en œuvre, pour attirer les jeunes travailleurs.
C. Education esthétique.
A cette formation intellectuelle se rattache immédiatement l’éducation esthétique. Qu’on ne pense surtout pas que celle-ci est un luxe, ou qu’elle soit impossible auprès de la masse! Ce n’est certes pas l’œuvre d’un jour; mais quel résultat splendide ne pourrait-on pas en attendre pour le relèvement intégral de la jeunesse ouvrière! Toutes les richesses artistiques de nos musées, de nos monuments, toutes les beautés de nos régions si pittoresques, les trésors de la véritable littérature, comme la joie de la belle musique échappent à la masse de notre jeunesse ouvrière, qui a des yeux pour ne point voir et des oreilles pour ne pas entendre, parce que jusqu’à présent des efforts méthodiques n’ont pas été entrepris pour former le goût des jeunes gens.
D. Formation morale.
Si la formation intellectuelle est primordiale, la formation morale en est le complément indispensable. Or, cette formation leur fait actuellement entièrement défaut.
Et pourtant leur âge et leurs conditions de travail et de vie augmentent encore cette nécessité. A quels dangers de démoralisation ne sont-ils pas continuellement exposés! La vertu leur apparaît souvent comme une peur, une lâcheté, une dépendance, un lien, un frein. De là une certaine admiration pour les forts-en-gueule, les batailleurs, les coureurs de filles. Le vice leur apparaît comme une crânerie et l’irréligion comme une indépendance.
On se plaint de manque de conscience professionnelle et même de conscience sociale chez les jeunes. Les théories les plus subversives trouvent actuellement de l’écho auprès d’eux. Et c’est souvent par un côté généreux que ces théories provoquent l’enthousiasme. Les jeunes restent désarmés devant ces prédicateurs d’une morale sociale nouvelle.
Il en est de même de toute l’éducation de la chasteté. Dans les milieux de jeunes ouvriers il serait criminel de taire les dangers moraux auxquels les jeunes gens sont exposés. Hélas, combien, dès l’âge le plus tendre, sont déjà contaminés par le vice impur! Il devient difficile de prévenir le mal tellement il est précoce. Il ne faut rien connaître des ateliers, des conversations, des amusements des jeunes gens pour prétendre que sans une forte formation morale un jeune homme ouvrier et une jeune ouvrière peuvent y résister. Et l’expérience prouve que le plus sûr moyen de les sauver, c’est de leur apprendre à sauver les autres. Quand on est parvenu à leur inculquer cette ambition forte et irrésistible, ils résistent aux milieux les plus corrompus.
Une formation morale véritable doit d’abord leur donner la conscience vive et vraiment vécue de leur dignité éminente, de leur valeur souveraine comme hommes et comme chrétiens. Il faut enlever entièrement à la masse aussi bien qu’à l’élite de la jeunesse ouvrière ce sentiment de son infériorité qu’elle acquiert lentement par les conditions déplorables de sa vie et de son travail; il faut extirper chez elle par des efforts inlassables ce sentiment d’impuissance et de fatalisme, ce défaut de confiance et d’audace qui la paralyse et la dégrade. Les jeunes ouvriers et les jeunes ouvrières doivent comprendre et sentir qu’ils valent autant que les jeunes messieurs et les jeunes demoiselles de n’importe quelle condition sociale, et que s’ils se conduisent dignement, s’ils luttent contre les faiblesses, les tentations et les passions, ils valent plus que tous les jeunes déœuvrés qui tuent le temps dans l’oisiveté et dans le jeu. Il faut leur donner la compréhension exacte de leur véritable destinée; il faut leur inculquer le sens de leur liberté et de leur responsabilité; il faut faire un appel incessant à leur énergie, à leur audace, à leur aspiration à une vie supérieure; il faut leur inspirer confiance en eux-mêmes; en leurs efforts personnels, en leurs initiatives, et en leur activité. Pour cela ils doivent sentir que nous les apprécions, les respectons et les aimons; que nous avons confiance en eux, et que c’est d’eux que nous attendons le relèvement et le salut de la classe ouvrière. Nous ne devons pas hésiter à dénoncer les abus criants qui atrophient leur pudeur, leur délicatesse, leur moralité : la malpropreté des W. C., l’exiguité des logements et la promiscuité des trains ouvriers. Et pour que nos actes soient en rapport avec nos paroles aussi souvent qu’ils le pourront, le Cercle d’Etudes et le groupement de J. O. C. par des plaintes, des requêtes, des protestations, des meetings, feront la guerre aux abus scandaleux.
Cette formation morale ainsi comprise sera aussi positive, aussi active que possible. Elle fournira aux jeunes ouvriers et aux jeunes ouvrières, l’occasion d’agir moralement, de se former moralement, d’acquérir des habitudes et des vertus morales; elle éveillera en eux le désir de plus de formation, le besoin de sincérité; elle leur apprendra le dévouement et l’esprit de sacrifice; elle les guidera vers les jouissances saines, honnêtes et dignes; elle leur inspirera le sens de la beauté et la véritable distinction.
Un rôle passif, de simples leçons théoriques ne donnent pas une telle formation morale : toute l’organisation, les œuvres et la vie de la J. O. C. doivent y contribuer. Les jeunes ouvriers et les jeunes ouvrières découvriront ainsi les devoirs qu’ils ont vis-à-vis d’eux-mêmes devoir de développer harmonieusement leurs facultés physiques et intellectuelles, devoirs de tempérance, d’économie, de prévoyance, de maîtrise de soi et de renoncement; ils apprendront concrètement leurs devoirs vis-à-vis de leurs parents, de leurs supérieurs, de leurs compagnons de travail, de leurs compatriotes et de leurs contemporains. L’exposé de chacun de ses devoirs sera illustré toujours des exemples par des exemples et sera accompagné de la mise en pratique dans leur vie personnelle de cette doctrine morale spéciale.
Il ne suffit donc pas de dire qu’ils doivent éviter le mal, et faire le bien. A propos de chaque acte, à propos d’une conduite déterminée, à la maison, à la rue, à l’atelier, partout, il faut montrer aux jeunes ouvriers et aux jeunes ouvrières pourquoi cet acte et cette conduite sont bons ou mauvais. Les sanctions éternelles ne sont pas une raison suffisante. Pour chaque cas, il faut expliquer l’essence du mal et du bien, sa conformité et sa non-conformité avec la nature et la destinée humaine, il faut montrer les conséquences immédiates, physiques et intellectuelles de tel acte et de telle conduite.
Si nous insistons tellement sur l’énoncé des devoirs moraux, il ne faut pas en conclure que l’exposé des droits moraux ne doit pas prendre une place égale dans la formation morale de la jeunesse ouvrière. Dans la pratique, les deux notions corrélatives droit et devoir doivent apparaître inséparables aux yeux de tous et la Morale Catholique qu’on inculquera à la J. O. C. par son unité, sa logique, et son admirable transcendance doit être capable de lui faire répéter le cri enthousiaste qui termine la déclaration publiée par la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens : « Pour que le salut vienne malgré tout, promettons-nous, travailleurs de la C. F.
T. C. que nous nous attacherons, avec une énergie inlassable, à remplir généreusement les devoirs qui nous incombent dans la profession et dans la société, à promouvoir l’ordre chrétien, seul capable de réaliser la paix dans la justice, à demeurer au combat quelles qu’en soient les péripéties, jusqu’à la victoire ou jusqu’à l’holocauste! » Alors les jeunes auront l’ambition d’introduire dans la production comme dans toute la société cet ordre chrétien qui protège les droits de tous et inculque à chacun ses devoirs. La morale apparaîtra alors comme l’âme et l’inspiratrice d’un ordre social meilleur.
Il est vraiment inouï que dans certains cercles d’études, dans certains groupements des jeunes ouvriers et des jeunes ouvrières on ne parle pas d’éducation sentimentale, de rapports entre jeunes gens et jeunes filles, de fréquentation, de fiançailles et de mariage. Les fréquentations et les fiançailles doivent perdre leur réputation de péchés fatals. Combien de jeunes gens et de jeunes filles restent ou redeviennent chastes et chrétiens, parce qu’au cercle d’études ou dans des conversations particulières on leur donne une conception noble et élevée de l’amour, de l’affection, de l’estime et de la confiance réciproques qui seules produisent et garantissent la force, le soutien et la fidélité. Au Cercle d’Etudes, au groupement de la J. O. C., on organise de petites fêtes, des réunions intimes et réconfortantes à l’occasion des fiançailles et du mariage des membres et des anciens membres. Quand alors, aux jeunes gens comme aux jeunes filles, on parle de leur futur mariage, de leur futur foyer, de leurs futurs enfants, quand on leur dit qu’ils peuvent, qu’ils doivent être fiers devant tous; quand on insiste pourqu’ils aient un intérieur propre, confortable, gai et réconfortant: quand on explique que nos prêtres doivent pouvoir s’y sentir chez eux, s’y asseoir à la table de famille, les visiter plus volontiers que les plus riches familles, comme tous restent recueillis et émus! Plus personne ne badine, ne sourit et tous comprennent la beauté, la valeur de l’amour, de la vertu et de la vie chrétienne!
Une telle formation morale suppose qu’elle soit reliée intimement à la formation générale, religieuse, professionnelle et même esthétique des jeunes ouvriers et des jeunes ouvrières. Pas de cloisons étanches entre les différentes formations! Nous voulons une classe ouvrière, plus belle, plus distinguée! C’est la jeunesse ouvrière qui doit nous la donner, et tout doit y concourir, depuis une religion plus éclairée et mieux comprise jusqu’à un « home » construit et arrangé avec plus de goût et plus de confort, depuis un travail plus consciencieux et plus rémunérateur jusqu’à des loisirs plus sains et plus ennoblissants! Voilà pourquoi la formation morale de la jeunesse ouvrière ne doit négliger aucune des conditions sociales et économiques qui favorisent la morale et la vertu; voilà pourquoi, au sein de la J.O.C. toutes les œuvres nécessaires à l’amélioration de ces conditions sociales et économiques sont essentiellement des moyens indipensables de formation morale efficace et intégrale.
La formation morale est aussi inséparable d’une éducation qu’il faut appeler, faute d’un terme meilleur, l’éducation du savoir-vivre, de la politesse et de la sociabilité. Il faut inculquer aux jeunes travailleurs plus de tenue, plus de savoir-faire, plus de politesse, plus de distinction. Cela est nécessaire dans toute la vie du jeune travailleur: au foyer, à la rue, au travail, dans ses rapports avec ses parents, avec ses camarades, avec les jeunes filles. La trivialité, le laisser-aller, la grossièreté, la négligence dans l’habillement, dans les soins corporels, dans les plaisirs, doivent être combattus rigoureusement chez toute la jeunesse ouvrière.
Une jeunesse plus belle, plus polie, plus distinguée, sera plus exigeante au point de vue moral.
E. Formation sociale.
Une lacune très regrettable dans l’éducation scolaire donnée aux enfants du peuple, c’est l’ignorance absolue dans laquelle on les laisse de tous les problèmes du travail. Cette lacune est le fruit de l’école neutre. Elle est en grande partie la cause de la perte de la « Conscience Professionnelle » et explique la facilité déconcertante avec laquelle la masse ouvrière admet les solutions les plus simplistes et les théories les plus absurdes concernant l’organisation du travail.
Qui a jamais expliqué aux enfants et aux jeunes travailleurs d’une façon intuitive et vraiment intéressante l’importance du choix d’un bon métier, la nécessité d’un apprentissage sérieux et d’un enseignement professionnel approprié, la prévention des accidents du travail, l’hygiène professionnelle, la morale du travail, la nécessité du capital, la notion du salaire, l’organisation des industries modernes? Et non seulement qui le leur a expliqué mais qui les aide pratiquement à la sortie de l’école et pendant leurs premières années de travail à résoudre ces problèmes concrets de leur vie de jeunes salariés?
C’est cette formation sociale toute simple, toute concrète qui doit être donnée au début aux jeunes travailleurs. Il ne s’agit pas dans les Cercles d’Etudes pas plus que dans les assemblées nombreuses de faire de longs exposés, mais de poser de courtes questions qui éveillent l’attention, provoquent la réflexion, la recherche, et forment le jugement Les conditions de la vie journalière des jeunes ouvriers, à l’usine, au foyer, à la rue forment le sujet de ces entretiens, qui sont des conversations collectives plutôt que des leçons et des conférences.
Tous les problèmes sociaux et économiques sont ainsi examinés pratiquement, naturellement, dans le cadre de leur vie, sans théories fastidieuses souvent incompréhensibles. L’analyse de ces problèmes vécus par les jeunes travailleurs euxmêmes amène naturellement la comparaison avec la situation des jeunes travailleurs et de la classe ouvrière dans le passé, chez les peuples païens, au Moyen-Age, aujourd’hui dans les pays étrangers. Ces récits d’histoire et de géographie économique leur font mieux saisir la genèse et la nature des problèmes sociaux et économiques et les aident à comprendre les solutions fondamentales, saines et morales.
C’est ainsi que leur « sens social » se forme lentement. On leur apprend à constater par euxmêmes la répercussion de la conduite des uns sur celle des autres, la répercussion des conditions économiques sur les conditions sociales. l’interdépendance des hommes, des industries, des professions, des Etats et des peuples. On leur enseigne ainsi pratiquement la nécessité d’une organisation sociale, d’une discipline sociale, d’une morale sociale, d’une autorité sociale. Et l’application de la doctrine Catholique à tous ces problèmes sociaux et économiques de leur vie de jeunes travailleurs et à toute la question ouvrière, leur donne avec la solution Catholique de la question sociale, non seulement une conscience Catholique, mais également une organisation Catholique. Car cette formation sociale ne se réduira pas à des leçons et à des conversations, elle doit résulter aussi de l’Action qu’on demande aux jeunes travailleurs et de l’organisation qui les enrôle. Non seulement ils apprennent comment par leur action, leur conduite personnelle, ils aident à la solution de tous les problèmes de l’adolescence salariée et de la Question Ouvrière; mais la « Jeunesse Ouvrière Chrétienne », par ses institutions et ses initiatives provoque, soutient, unit l’action de tous les jeunes travailleurs, et leur facilite une attitude et une conduite vraiment sociale. L’organisation catholique de la jeunesse ouvrière et de la classe ouvrière, qui doit apporter la solution de la question ouvrière, ne leur apparaît plus comme un idéal lointain, un rêve plus ou moins vague; c’est une réalité tangible dont ils sentent déjà les effets bienfaisants, à la vie de laquelle ils participent par leur carte de membre, leurs cotisations, leur journal, leur assistance aux réunions, par leur propagande et même par les railleries et les persécutions qu’ils supportent pour elle. L’esprit de corps, cette noble émulation pour la réputation et la défense de leur organisation, leur inspire l’esprit de sacrifice et d’apostolat. Cette formation sociale qui résulte de l’organisation elle-même concrétise et parachève l’enseignement. C’est pour cela que nous n’avons jamais compris comment les Cercles d’Etudes pour jeunes travailleurs pouvaient laisser leurs membres éloignés de l’organisation sociale, ni comment après quelques mois d’existence, des jeunesses mutualistes et syndicalistes, des caisses dotales ou des caisses d’épargne, des clubs et des réunions ne manifestaient pas au dehors la fécondité de la formation sociale donnée au Cercle d’Etudes.
On comprendra facilement qu’une telle formation sociale ne s’arrête pas indéfiniment à la réfutation des doctrines socialistes. Un enseignement purement négatif non seulement est inefficace et insuffisant, mais presque toujours il est nuisible à la jeunesse ouvrière. Le socialisme n’est pas seulement une doctrine, il est un ensemble impressionnant de puissantes organisations qui ont à leur actif des améliorations nombreuses obtenues au sort de la classe ouvrière. C’est pour cela qu’une critique négative du socialisme n’impressionnera jamais la masse ouvrière.
Seule une critique positive qui, tout en montrant les erreurs et les lacunes du socialisme, enseigne une doctrine réalisatrice, seul un programme de relèvement réel avec une organisation féconde en bienfaits et en initiatives peut fasciner et entraîner la foule et surtout la jeunesse. Les jeunes doivent pouvoir collaborer activement à un mouvement capable de leur inspirer de l’enthousiasme, de la fierté et du dévouement.
Si la doctrine Sociale Catholique, si l’organisation sociale catholique, leur apparaissent comme le prolongement de la réalisation du catholicisme intégral, comme l’instauration magnifique de la Royauté sociale de Jésus-Christ répandant plus de Justice et plus de Charité, alors on ne pourra plus accuser les organisations ouvrières chrétiennes de diviser et d’affaiblir la classe ouvrière. Le mouvement ouvrier chrétien apparaîtra comme l’épanouissement social du christianisme. Alors les jeunes travailleurs voudront se sacrifier pour lui. Alors nous compterons dans la classe ouvrière de nouveaux martyrs et de nouveaux apôtres. Il faut rendre aux jeunes cette fierté, cette joie de posséder la vérité féconde avec l’ambition de répandre leur Foi et leur Espérance parmi leurs compagnons de travail. On ne se représente pas assez ce qu’il a fallu d’héroïsme à certains ouvriers pour rester chrétiens. Les brimades auxquelles ils étaient exposés, les avanies qu’ils subissaient, les condamnaient souvent à la plus dure des persécutions. Une formation sociale intense accompagnée d’une organisation sociale puissante peut seule inspirer à la masse, la force et la persévérance nécessaires.
Car cette formation sociale intensive, donnée à une élite dans des Cercles d’Etudes et par des réunions fréquentes, ne peut être donnée à la masse que par des organisations dont les locaux imposants, les services variés, les manifestations publiques, dont la presse et toutes les initiatives même de divertissement frappent l’esprit et l’imagination de la foule et transforment petit à petit sa volonté et ses sentiments. Cette formation sociale de la masse est une œuvre immense à laquelle tout doit collaborer, depuis les locaux de nos organisations ouvrières jusqu’aux fêtes et autres réjouissances publiques, organisées dans ce but. Aucun côté de cette formation ne peut être négligé, pas plus le côté esthétique que le côté financier. Que de réalisations magnifiques à faire entrevoir aux jeunes ouvriers et aux jeunes ouvrières! C’est toute la Cité Chrétienne à rebâtir, c’est tout un désert à défricher et à cultiver. Mais aussi quelle perspective de riches moissons à recueillir! C’est une nouvelle croisade dont les jeunes doivent devenir les héros enthousiastes! N’en doutons pas, c’est ainsi que nous reconquerrons la masse ouvrière et que nous instaurerons le règne social de Jésus-Christ.
C’est aux jeunes à accomplir cette merveille! Pour cela, il faut en faire des chrétiens sociaux. C’est l’ambition de la « Jeunesse Ouvrière Chrétienne! »
F. L’éducation physique et hygiénique.
La formation intégrale doit aussi comprendre l’éducation physique et l’éducation hygiénique.
L’éducation physique donnée d’après des méthodes plus scientifiques, redressera méthodiquement les déformations physiques souvent provoquées par un travail monotome, par un exercice exagéré de certains membres du corps aux dépens des autres, par certaines poses trop prolongées pendant le travail.
Il en est de même de l’éducation hygiénique. Toutes les mesures d’hygiène du travail resteront inefficaces, si le jeune homme ne comprend pas la portée de ces mesures et n’adopte pas volontairement des habitudes d’hygiène. A l’heure présente, grâce aux procédés de vulgarisation scientifique, cette éducation peut facilement être entreprise dans tous les milieux et sa portée sociale est incalculable.
G. Formation religieuse.
Que dire alors de la formation religieuse? Nous l’avons répété à satiété Notre jeunesse ouvrière ne connait pas la splendeur, la richesse, l’attrait, le réconfort des réalités spirituelles et surnaturelles, parce que sa formation religieuse est quasi-nulle. Tout reste à faire sous ce rapport. Et nous n’hésitons pas à déclarer: c’est le but primordial de la J. O. C.!
Les jeunes ouvriers et les jeunes ouvrières sont plus pauvres de vie religieuse que de richesses matérielles! D’ordinaire, de leurs leçons de catéchisme ils n’ont retenu qu’une série d’actions défendues ou imposées, dont ils ne comprennent pas toujours la signification. « Cela était bon, pensent-ils, pendant l’âge de l’école, pour des enfants et des élèves. Maintenant nous sommes des travailleurs, comme père et mère. Quand on va à la fabrique et à l’usine, on est fatalement en état de péché ». Et la religion leur apparaît maintenant enfantine, impraticable. On avait peut être eu tort d’exagérer certaines peccadilles; on n’avait pas formé leur conscience. Et puis, du matin au soir, ils entendent tant de moquerie à propos des actes, des choses, des personnes religieuses. Tout dans la religion leur est montré comme suspect, truqué, trompeur.
L’inexpérience de leur âge, la crise de la puberté, les abandonnent, désarmés, sans soutien ni défense, à toutes les tentations, à toutes les séductions, à toutes les perversions qui les guettent, les assaillent et les entraînent. Ceux qui cherchent une proie à leurs passions et à leur haine contre Dieu et contre la société, ont si facile de les attirer et de les aveugler.
L’instruction religieuse des enfants du peuple est si superficielle, qu’ayant à peine quitté l’école, ils négligent, pour la plupart les pratiques religieuses.
C’est pour ce motif que la formation religieuse joue un rôle si important dans l’organisation de la Jeunesse Ouvrière. Immédiatement au Cercle d’études, ils doivent être mis en contact avec Jésus-Christ, le Divin Ouvrier de Nazareth. Sa personne, Sa vie, Sa doctrine, Son influence, Sa survie dans l’Eglise, Son action dans le ciel, Sa royauté éternelle doivent impressionner d’une façon ineffaçable leurs jeunes intelligences et leurs jeunes cœurs. L’histoire de l’Eglise, son influence sur tous les peuples à travers les âges, son influence surtout pour le relèvement de la classe ouvrière doivent être montrées par les méthodes les plus intuitives, les projections lumineuses, les films cinématographiques. Et quelle source d’applications sociales que l’étude de la liturgie comprise dans toute sa splendeur! Il faut qu’ils apprennent à connaître cette société visible et divine dont ils doivent devenir volontairement des membres; il faut qu’ils prennent conscience des devoirs inhérents à cette qualité de membres volontaires. Les trésors, les richesses, les beautés surnaturelles par lesquels ils sont apparentés, liés à la divinité, toutes ces vérités sublimes, ces réalités les plus magnifiques doivent leur être présentées d’une manière suggestive, enthousiaste, afin que tout un monde nouveau et attrayant surgisse devant leur imagination, illumine leur intelligence et charme leur cœur. Dans les voyages d’un Saint-Paul, les Actes des Apôtres, l’héroïsme des martyrs, les travaux des moines, les œuvres des missionnaires, dans toute cette « nouvelle légende dorée » de nos œuvres catholiques modernes, dans la vie d’un Ozanam, d’un Dom Bosco, d’un P. Chevrier, d’un Kolping, ils trouveront la preuve tangible de la fécondité de leur Foi et de la bienfaisance de leur Religion.
La Religion est Amour, Vérité et Beauté. L’Amour de Dieu doit leur apparaître comme inséparable de l’amour des hommes, comme la religion est inséparable de la morale.
H. L’unité dans la vie du jeune ouvrier.
La conception sociale de la religion doit être inculquée à la place de cette conception individualiste, égoïste, qui a eu tant de conséquences néfastes au siècle dernier. Ne permettons pas de cloisons étanches dans leur vie d’ouvrier: leur destinée éternelle doit rester en contact avec leurs intérêts temporels; ils doivent être chrétiens partout, à l’atelier, à l’usine, à la rue, à la maison, aussi bien que dans l’église. Ils doivent comprendre que s’ils ne peuvent pas aller à communion chaque jour, ils peuvent malgré tout être des saints sur les trains, en route vers le travail, pendant le jour à l’atelier et à l’usine, et parfois la nuit au fond de la fosse ou à la lueur des hauts fourneaux. Qu’ils se trompent, en pensant, que ceux qui peuvent communier à la messe de 8 heures sont plus surnaturels qu’euxmêmes, qui se rendent au travail à 4 ou 5 h. du matin, ou qui reviennent exténués de l’équipe de nuit. Non, ils doivent voir que le travail peut être la plus expressive des prières, qu’il peut être le plus fécond des sacrifices s’il est uni au sacrifice journalier du Sauveur sur nos autels. Alors, leurs gestes au travail, leurs actes, leurs fatigues deviennent des formes de prières, des moyens de sanctification, et les usines et les fabriques, au lieu de rester des lieux de corruption, deviennent des sanctuaires où les âmes s’unissent à la mission du Rédempteur pendant que les corps collaborent à l’enrichissement et à la transformation de l’œuvre du Créateur. Si on parvenait à faire comprendre cela aux jeunes ouvriers et aux jeunes ouvrières, combien la Religion relèverait leur travail, et combien leur travail s’inspirerait de la Religion!
Alors, il y aurait de l’unité dans leur vie. Alors toutes les objections contre la Religion, toutes les critiques contre la vie de certains catholiques tomberaient d’elles-mêmes. Il ne faut pas hésiter à montrer comment le libéralisme économique a faussé la conscience de certains catholiques et comment l’Eglise loin d’approuver les abus existants dans certaines entreprises dirigées même par des catholiques n’a cessé de les dénoncer et a employé tous les moyens possiblespour combattre les mœurs d’un capitalisme matérialiste.
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Mais il faut bien y insister: La Religion doit surtout être vécue. Demandons beaucoup à l’élite de nos jeunes travailleurs : la communion fréquente et même pour les meilleurs, la communion quotidienne, l’assistance liturgique à la messe, la récollection mensuelle, la méditation journalière. Ce n’est que par une formation religieuse intensive, que nous parviendrons à en faire des apôtres. Ne négligeons pas pour la masse des jeunes travailleurs les manifestations religieuses collectives, les grandes cérémonies religieuses, la participation ostensible à la vie paroissiale par des communions générales, par le chant liturgique, par des processions. N’abandonnons pas à nos ennemis le bénéfice des grandes manifestations publiques, des festivités attrayantes, des spectacles impressionnants. Quels moyens puissants nous possédons pour agir sur les foules! De grâce, employons les, plus que jamais. Mais plus que jamais rendons ces grands moyens vraiment éducatifs. Abandonnons pour les jeunes travailleurs tous les procédés mesquins de contrôle, de récompenses, de surveillance. Ne les traîtons pas comme des enfants et des pensionnaires. Faisons appel à leur émulation et habituons une élite à rassembler leurs compagnons plus tièdes, à battre le rappèl, à stimuler les indifférents. Ne permettons pas que les pratiques religieuses deviennent purement mécaniques et routinières, et combattons sans trève les pratiques semi-superstitieuses qui pullulent dans les milieux qui abandonnent la religion. L’Eglise doit redevenir la vraie « Maison du Peuple ». La Religion est le seul levier qui puisse relever d’une façon durable la classe ouvrière. C’est cela que les jeunes travailleurs doivent comprendre et c’est cela que la J. O. C. veut réaliser.
I. Les Motifs de confiance.
Nous serons étonnés des résultats que nous atteindrons en peu d’années. Si nous savions tout ce que nous pouvons attendre des jeunes ouvriers et des jeunes ouvrières! De grâce, ne manquons pas nous mêmes de la foi qui transporte les montagnes! Que de fois nous avons dû rougir devant leur héroïsme! En les voyant le matin communier à l’église et partir à jeun à l’usine, en les entendant raconter leurs visites à domicile, le soir après une journée de travail épuisante, pour relancer des compagnons et des compagnes, supportant joyeusement toutes les risées, tous les quolibets, toutes les avanies, comme les larmes nous montaient aux yeux et comme l’émotion nous étreignait à nous faire trembler. Oh, oui, ils peuvent comprendre que la Religion et l’Apostolat sont inséparables. Quand le besoin de gagner des âmes à Jésus-Christ s’est emparé d’eux, ils ne connaissent ni fatigues, ni difficultés. Dans aucune classe sociale, l’on ne rencontre tant de générosité, tant de donation totale.
Là gît pour nous un trésor inépuisable de forces qui doivent rechristianiser notre société qui devient de plus en plus païenne. De la jeunesse ouvrière sortiront demain les apôtres qui braveront tout, pour enseigner à notre génération sceptique et corrompue, la vraie doctrine chrétienne et pour la vivre dans son intégrité magnifique. C’est elle qui donnera à notre monde décadent les chevaliers nouveaux pour la plus grande croisade en faveur de la royauté sociale de Jésus-Christ!
Comme les trois jeunes gens dans la fournaise, les jeunes travailleurs chrétiens non seulement sortiront indemnes de l’enfer de corruption et d’irréligion, qu’est presque toujours l’usine moderne, mais leur vie intégrale, de dévouement, de charité et d’apostolat s’y révèlera comme un hymne triomphal qui fera rougir tous les ennemis de la religion et convertira toutes les âmes de bonne volonté.
J. Une condition indispensable de succès.
Education, Action et Organisation. Nous répétons volontiers qu’aussi longtemps qu’on ne comprendra pas, que ces trois termes sont inséparables, que ce sont les trois aspects indissolubles de toute formation intégrale, on n’aura pas solutionné le problème du relèvement intégral de la jeunesse ouvrière. Apprendre à juger, à connaître et à vouloir et pour cela faire poser des actes et acquérir des habitudes et des vertus et faciliter cette éducation et cette conduite par une organisation qui soutient, protège et encadre, telle est l’unique méthode qui puisse garantir le succès. Une éducation purement verbale, livresque ou auditive, des services ou des gestes, ou des pratiques imposés du dehors ou répétés par routine: une organisation qui se borne à unir des membres par des cotisations ou des avantages matériels, ne parviendra pas à former la jeunesse ouvrière. Une science vécue, une conduite consciente, une organisation vivante se conditionnent mutuellement. Cela est vrai à tous les degrés et pour tous les aspects de la formation intellectuelle, morale, physique, hygiènique, esthétique et religieuse. L’apprentissage de la vérité qui s’extériorise ou se réalise par la vie et qui s’acquiert au sein de l’organisation, doit transformer notre Jeunesse Ouvrière Chrétienne en une grande association dans laquelle tous les membres réagissent les uns sur les autres et qui transforme la classe ouvrière et la société toute entière. De là, la nécessité des cercles d’études, des groupes locaux, des sections syndicales, mutualistes, sportives, des sections d’épargne; des retraites fermées, des récollections, des manifestations publiques, religieuses et sociales; des fédérations régionales, de la fédération nationale enfin, avec tous ses services de documentation, et de publicité et d’éducation qui font de la J. O. C. un vaste laboratoire dans lequel se forment les générations ouvrières de demain. De là, la nécessité d’insister toujours davantage sur la part active que les membres doivent avoir dans la propagande, la gestion, l’administration, la direction de leur mouvement tant local que régional et que national. Entr’eux, par eux et pour eux. Cette devise n’est pas seulement une condition pour que les jeunes ouvriers apportent de l’intérêt à leur organisation, c’est surtout une condition de succès pour leur formation intégrale. Comment leur inculquer l’habitude et les vertus de générosité, de responsabilité, de discipline, de solidarité, de fierté, s’ils ne participent pas intensément à la création et à l’expansion d’un mouvement qui doit être tout à fait le leur ou qui ne sera pas?
II. LES VOEUX.
La J. O. C. demande :
1° que ceux qui ont le souci du relèvement véritable de la classe ouvrière, comprennent la nécessité d’une formation intégrale de la jeunesse ouvrière et d’une continuation générale et méthodique de l’éducation scolaire et familiale dans toute la jeunesse travailleuse;
2° que cette formation intégrale se fasse au scin et par le moyen d’une organisation générale de la jeunesse ouvrière, dans laquelle les jeunes travailleurs coopèrent eux-mêmes le plus intensément possible à leur formation intégrale;
3° que cette formation intégrale comprenne l’éducation intellectuelle, morale, sociale, physique, bygiènique, esthétique et religieuse des jeunes travailleurs;
4° que ces différents aspects de la formation intégrale des jeunes travailleurs se compénètrent et se complètent;
5° que cette éducation intégrale ne résulte pas seulement de leçons et de cours donnés aux jeunes travailleurs, mais de toutes les sections, de tous les services, organisés au sein de la J. O. C. dans lesquels les jeunes travailleurs pourront mettre la doctrine en pratique et acquérir les habitudes et les vertus nécessaires;
6° que toutes les sections nécessaires à ce but, surtout les sections professionnelles et mutualistes, soient créées dans toutes les sections locales ou entre quelques sections rapprochées;
7° que toutes les sections travaillent, afin que l’ornementation et l’entretien des locaux et des salles de réunion, de lecture ou d’administration, soient des moyens d’éducation tant pour la tenue, que pour le goût et la fierté des jeunes travailleurs.
3. Le Cercle d’études pour les Jeunes Travailleurs.
I. LES MOTIFS.
L’organisation de la « Jeunesse Ouvrière Chrétienne » exige des jeunes dirigeants, et leur formation demande des Cercles d’Etudes appropriés.
Il y a tant de fausses conceptions des Cercles d’Etudes pour jeunes ouvriers et jeunes ouvrières! Il s’élève tant de plaintes sur leur insuccès! Pourquoi?
Parce qu’on a isolé le Cercle d’Etudes de l’Action et de l’organisation des jeunes ouvriers et des jeunes ouvrières. Là gît l’erreur capitale. Le Cercle d’Etudes n’existe pas pour lui-même : il n’existe qu’en vue de l’action et de l’organisation. L’apôtre disait : « La Foi sans les œuvres est une Foi morte ». Il faut dire aussi : « Un Cercle d’Etudes sans les œuvres est un Cercle d’Etudes mort ».
Le Cercle d’Etudes ne donne pas seulement un enseignement. Il communique une foi, une foi enthousiaste dans l’action et dans l’organisation sociale, morale et religieuse. Cette foi elle-même est impossible, inopérante, sans cette action et sans cette organisation.
Un Cercle d’Etudes n’est pas une série de leçons et de conférences. Il n’est pas une simple école de sciences sociales. Il réunit une élite de jeunes travailleurs et de jeunes travailleuses : il forme un séminaire de jeunes propagandistes, de jeunes dirigeants. C’est un cénacle de jeunes apôtres, un foyer d’action et d’organisation de la jeunesse. Il est la source, le moteur, le soutien de toutes les institutions pour jeunes ouvriers et jeunes ouvrières.
Les jeunes membres du Cercle d’Etude ne sont pas de simples élèves, qui tous les huit ou quinze jours viennent écouter les leçons d’un maître : ils sont d’abord, eux-mêmes, la matière vivante, étudiée par le Cercle d’Etudes, parce qu’ils personnifient dans leur vie et dans leur travail tous les problèmes de la jeunesse ouvrière. Le C. E. fera d’abord appel à leur propre expérience. Ils prendront lentement conscience de tous ces problèmes qu’eux-mêmes posent et personnifient. Ils coopèrent eux-mêmes à chercher, à rassembler, et à apporter toute l’autre matière vivante et vécue; les faits, les enquêtes, les monographies, les conférences et les leçons. Les jeunes membres du Cercle d’Etudes sont des ouvriers et des ouvrières, qui doivent voir, sentir, toucher; ils doivent se mouvoir; ils doivent parler et agir pendant le Cercle d’Etudes et en dehors de celuici. Pour les jeunes travailleurs le C. E. sera une coopérative d’études, d’action et d’organisation.
Le directeur du C. E. n’est pas un simple professeur; il est un animateur, un promoteur, un entraîneur, un exemple vivant d’action et d’organisation. Il ne se contente pas de rencontrer les jeunes membres tous les huit ou quinze jours pendant la réunion; il les voit avant et après les séances; il reste en relations intimes et personnelles avec chacun d’eux; il les aide et les instruit chacun en particulier; il les encourage, les excite, leur donne de la lecture et du travail à chacun selon son caractère, son développement, ses goûts et sa vie.
Au Cercle d’Etudes on ne commence pas par des définitions abstraites sur la société, le salaire, le travail, le syndicat; on ne poursuit pas l’explication de chaque mot de la définition, pour en déduire toutes les notions complémentaires. Non, mille fois non! Il faut raconter, répéter des cas vécus, des évènements, concrètement, d’une façon vivante. Il faut poser des questions précises sur la vie, le travail des jeunes ouvriers : « Où travaillez-vous? Comment êtes-vous arrivé à ce travail? Combien de fois avez vous changé de travail, de profession? Combien gagnez-vous? Comment êtes-vous traîté à l’atelier? Qu’entendez-vous? Que voyez-vous au travail? Dans quel état sont les salles de travail, les ateliers, les W. C.? etc., etc. »
L’enquête sur l’adolescence salariée contient des centaines de questions sur tous les aspects de la vie des jeunes travailleurs. C’est de toute cette matière vivante qu’il faut remonter aux principes, descendre aux conclusions, préciser la conduite à tenir, l’attitude à prendre. On raconte alors, à l’appui de ces conclusions, la vie de meneurs, d’hommes célèbres: on insiste sur leurs efforts, sur leurs sacrifices, afin que leur exemple enflamme les jeunes auditeurs. A côté des abus, que les membres du C. E. constatent par eux-mêmes, il faut faire découvrir les remèdes, les institutions et les organisations qui sont destinées à combattre ces abus et à les prévenir. Et le Cercle d’Etudes promeut, organise et soutient tous ces moyens d’action.
Le Cercle d’Etudes ne se réunit pas seulement entre les quatre murs d’une chambre. Il visite les secrétariats sociaux, les établissements industriels et commerciaux, les institutions d’enseignement et d’hygiène. Il assiste aux Congrès et aux manifestations, parcourt les musées et les expositions, s’intéresse à toutes les initiatives concernant la jeunesse ouvrière. Il est en voyage; ses membres enquêtent dans les taudis et les impasses, partout où il y a étudier et à agir.
Rien n’est plus souple qu’un Cercle d’Etudes. Par ses membres et par son esprit, il est et reste en contact avec toute l’action et toute l’organisation du mouvement ouvrier de la région. Insensiblement les membres acquièrent une mentalité religieuse et sociale; ils apprennent par eux-mêmes à parler, à agir, à diriger, à organiser et à commander. Ainsi le Cercle d’Etude est le berceau de l’action et de l’organisation qui petità-petit englobe toute la jeunesse ouvrière d’une paroisse, d’une commune et d’une région. Le Cercle d’Etudes donne à tous ses membres une formation générale, religieuse, morale, sociale et économique. Mais chaque membre par ses enquêtes personnelles, ses études et l’organisation particulière dont il s’occupe, se spécialise dans les différents problèmes à résoudre.
Que tous les membres du clergé comprennent enfin l’importance du Cercle d’Etudes pour jeunes travailleurs! Qu’il n’y ait plus une paroisse, pas une commune, sans un tel Cercle d’Etudes! Qu’aucun échec, aucun insuccès ne parviennent à ralentir et à éteindre leur zèle! Toutes les autres organisations pour jeunes ouvriers gymnastiques, boy-scouts, patronages, dramatiques n’ont de rendement réel au point de vue religieux, moral et social que si les dirigeants étudient les méthodes à y appliquer dans un Cercle d’Etudes adapté. L’expérience de tous est unanime à cet égard.
II. LES VOEUX.
La J. O. C. demande :
1o que dans toutes les sections fonctionne un Cercle d’Etudes de jeunes travailleurs;
2o que ce Cercle d’Etudes soit vraiment adapté à la vie, à la mentalité et aux besoins des jeunes travailleurs;
3° que tous les Cercles d’Etudes de J.O.C.istes adoptent comme moyen le plus adapté de formation l’enquête sur la situation de l’Adolescence Salariée.
4. L’Epargne des Jeunes Travailleurs.
I. LES MOTIFS.
A) Le jeunesse ouvrière doit avoir l’ambition de répandre et d’organiser partout l’épargne
Ouvrière.
C’est un reproche qui est si pénible : « Les ouvriers et surtout les jeunes ouvriers ne comprennent pas la valeur de l’argent ».
« Quant on voit l’argent fou dépensé au plaisir, en jeu, en cigarettes, en friandises, en vanités, on rougirait de honte ».
Certes, le reproche s’adresse plutôt à la bourgeoisie et aux classes dirigeantes, mais nous devons avoir le courage d’avouer que des ouvriers et des jeunes ouvriers surtout ne sont pas à excuser sous ce rapport.
Bien des ouvriers épargnent dans de nombreuses caisses d’épargne érigées dans la plupart des estaminets. C’est un système déplorable et l’occasion de dépenses et d’abus nombreux. Ces cagnottes qui se vident à date fixe sont à condamner en règle générale.
La Caisse d’Epargne de l’Etat reçoit des millions d’épargne de la classe ouvrière. Certes, les déposants y jouissent de la garantie de l’Etat et une partie des fonds déposés sert à favoriser la construction de maisons ouvrières, mais cet avantage ne va pas sans abandonner une force formidable qui pourrait servir directement au relèvement de la classe ouvrière et qui, actuellement, est mise en partie, au service des pires adversaires des ouvriers.
Nous ne pouvons non plus approuver les ouvriers qui déposent leur épargne dans les nombreuses succursales de grandes banques qui poussent comme des champignons, jusque dans les plus petites communes de notre pays.
Nous devons de plus en plus apprendre aux ouvriers à porter leurs épargnes dans les organisations financières de la classe ouvrière qui, tout en offrant toute garantie pour la sécurité de l’argent placé, emploient cet argent au mieux des intérêts sociaux, économiques et moraux de la classe ouvrière.
Il ne faudrait plus qu’il y ait encore une famille sans « carnet d’épargne » d’une Caisse d’Epargne ou d’une Banque Ouvrière. Le moindre argent disponible devrait être porté chaque
semaine à la section de la caisse d’épargne. Chaque commune, même chaque paroisse de notre pays devrait en posséder. Nous serions étonnés au bout de très peu de temps, de voir de quelle force financière disposerait la classe ouvrière organisée.
Ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières; chaque section d’épargne et surtout chaque épargnant n’atteindrait pas de grandes sommes; mais toutes réunies, centralisées, constitueraient une richesse formidable qui pourrait soutenir des exploitations magnifiques de la classe ouvrière, et par l’actionnariat, porter les revendications de la classe ouvrière jusque dans les conseils d’administration des entreprises capitalistes.
B) Les jeunes ouvriers ont, outre ce devoir de solidarité vis-à-vis des autres membres de la classe ouvrière, un devoir plus pressant de pratiquer et de favoriser entr’eux l’épargne.
Un jour, ils devront fonder un foyer. Un jour ils deviendront les chefs responsables d’une famille, dont les ressources favoriseront le confort et l’accomplissement de tous les devoirs familiaux. Chaque jeune homme, chaque jeune fille devrait avoir l’ambition de ne pas arriver au mariage les mains vides. Son carnet d’épargne rempli depuis l’âge scolaire et surtout depuis son entrée à l’usine serait la preuve la plus péremptoire de son esprit d’économie et de prévoyance, et montrerait, sans aucune contestation possible, que chacun a songé à sa fiancée ou à son fiancé et à son prochain foyer avec le sérieux et la fierté nécessaires. Il aurait ainsi appris à faire des efforts persévérants, à accepter même des privations personnelles pour la famille dont il portera la responsabilité. La caisse d’épargne dans la Jeunesse Ouvrière, serait une véritable caisse dotale. Qu’il y aurait plus de dignité, de paix. de joie, de bonheur dans la classe ouvrière de demain, si chaque jeune ouvrier et chaque jeune ouvrière se préparait ainsi à son futur mariage! Au lieu de perdre leur jeunesse par des dépenses nuisibles à leur santé, à leur caractère et à leur honneur, ils créeraient entr’eux une émulation vraiment virile, vraiment saine dans la préparation de leur avenir familial, social et économique.
C) Les jeunes travailleurs ne doivent pas seulement refrèner leurs dépenses pour se constituer une réserve et une dot pour l’avenir. Ils doivent savoir prélever généreusement sur l’argent dont ils disposent de quoi soutenir les Œuvres. Quel appauvrissement moral ce serait pour le monde, si toute la Charité devenait officielle, et si les citoyens et les fidèles ne savaient plus par leurs largesses ou leurs aumônes soutenir et promouvoir les entreprises scientifiques, éducatives, charitables et religieuses qui ont fait la grandeur du Moyen-âge et en particulier de l’Eglise. Nous devons apprendre aux jeunes travailleurs la beauté du geste de l’homme qui donnant de son superflu et parfois même de son nécessaire, se renonce à lui-même pour secourir ou relever son prochain. La générosité, dans le jeune âge, est la condition indispensable du dévouement et du sacrifice, sans lesquels il n’y a ni apostolat, ni relèvement social.
II. LES VOEUX.
La J. O. C. demande :
1° que par des conférences, simples, concrètes, illustrées d’exemples frappants et vécus, on explique à tous les jeunes travailleurs l’importance de l’Epargne Ouvrière;
2° que toutes les sections de J. O. C. s’entendent avec les caisses d’épargne existantes pour fonder dans leur sein une section d’épargne;
3° que chaque J. O. C.iste possède son carnet d’épargne de la Banque Ouvrière et y verse régulièrement, si possible chaque semaine, une obole si minime qu’elle soit;
4° que les sections d’épargne de la J. O. C. constituent pour les membres de véritables caisses dotales;
5° que les Caisses de Compensation encouragent de leurs subsides, les jeunes travailleurs qui épargnent pour se constituer une dot en vue de la fondation d’un foyer digne, prévoyant et
Économe.
5. Les Homes et les Restaurants.
I. LES FAITS.
a) Beaucoup de jeunes gens et de jeunes filles ne jouissent pas de l’influence bienfaisante du foyer familial. Les causes de cette situation sont nombreuses, Ce sont parfois des causes purement familiales : décès, divorces, secondes noces, ménages irréguliers, indignité ou incompréhension des parents. Parfois aussi le désir d’une vie plus indépendante éloigne le jeune homme ou la jeune fille loin de leurs parents. Les causes économiques ne sont pas moins nombreuses: Ce sont des jeunes gens et des jeunes filles qui suivent des cours professionnels dans la ville quand leurs parents demeurent loin dans la campagne. Il en est de même de ceux qui travaillent trop loin de la maison, pour rentrer tous les soirs ou même chaque semaine.
b) Les conditions de logement des travailleurs étrangers logés en ville dépassent les suppositions les plus lamentables. A part des exceptions plutôt rares, la masse loge dans la promiscuité la plus grande, au milieu de toutes les tentations de la débauche. Au simple point de vue de l’hygiène, presque tous les logements de travailleurs sont à condamner. Les effets de cette situation sur les jeunes gens et sur les jeunes filles sont vraiment désastreux.
c) Dans quelques grandes villes on a établi des homes pour jeunes filles. Ils rendent des services à une élite, mais il faut avouer que la masse des ouvrières n’en profitent guère. Quant aux jeunes gens, il n’y a pas d’œuvre pour les héberger convenablement. C’est plus que triste. Il suffit de connaître l’influence moralisatrice des « Gesellenvereinen » allemands, pour comprendre combien il est urgent de doter notre pays de pareilles institutions. Certaines mines et grandes firmes industrielles ont établi des dortoirs pour les ouvriers étrangers. C’est mieux que rien.
d) Pour les restaurants la même remarque s’impose. A part quelques restaurants féminins dans les grandes villes encore réservés à une élite tout reste à faire pour procurer aux jeunes gens un endroit convenable où ils puissent se procurer un repas substantiel, économique, dans un milieu moralisateur. Quand on a étudié la conduite des jeunes gens, obligés de manger dans des gargotes, sur les trottoirs, accroupis contre les murs et les talus, ou étendus dans les terrains vagues et les prairies, on ne doute plus de la nécessité de restaurants économiques.
e) Certes, c’est toute une éducation à donner à la nouvelle génération. C’est une œuvre lente et difficile. Pour nous, nous préférons aux réfectoirs organisés par les usines elles-mêmes, les restaurants reliés aux organisations de jeunesse. L’éducation se fera mieux dans des œuvres ayant un esprit et une méthode d’éducation bien déterminés, que dans des réfectoirs sans aucune préOccupation éducative.
f) L’œuvre des « homes » et des « restaurants » d’ailleurs, doit être complétée par un ensemble d’efforts éducatifs comme les « œuvres de midi » ou les cours, leçons et conférences donnés aux jeunes filles et aux jeunes gens obligés de perdre. une heure ou deux sans pouvoir retourner chez eux, par les lectures attrayantes et dans les salles, de lectures reposantes, par les séances récréatives et instructives, au point de vue général, comme au point de vue économique, hygiénique ou esthétique.
Les efforts tentés en certains endroits permettent une extension heureuse de ces initiatives très avantageuses pour la jeunesse ouvrière.
II. LES VOEUX.
La J. O. C. demande :
1° que l’enquête sur les logements des jeunes salariés, obligés de dormir hors du foyer familial, soit menée avec précision par toutes les sections;
2° que des mesures sévères soient prises contre les tenanciers de maisons de logement pour jeunes ouvriers qui tiendraient en même temps un débit de boisson ou des salles de danse, ou dont les conditions de logement seraient attentatoires à la pudeur ou à la santé de jeunes gens;
3° que des études soient élaborées le plus rapidement possible pour l’organisation de homes tant masculins que féminins;
4° que la question des restaurants pour jeunes salariés soit envisagée par toutes les organisations de jeunesse ouvrière;
5° que ces homes et restaurants soient reliés aux organisations locales, régionales ou nationale: de jeunesse ouvrière, afin qu’ils soient tenus et administrés avec un but vraiment éducatif et avec la collaboration des jeunes ouvriers et des jeunes ouvrières;
6° que ces homes et ces restaurants soient complétés par un ensemble d’œuvres éducatives comme les « œuvres de midi ». conférences. leçons, cours donnés aux jeunes travailleurs et travailleuses, salles de lecture et de repos, séances éducatives et récréatives.
6. Les loisirs des Jeunes Travailleurs.
I. LES FAITS.
a) Les loisirs étant pour les jeunes travailleurs absolument nécessaires, la question de l’emploi de ces loisirs est primordiale dans l’œuvre du relèvement intégral de l’adolescence salariée. Il est d’ailleurs impossible d’organiser sainement les loisirs des jeunes travailleurs sans grouper ceux-ci et sans les organiser.
b) A l’heure présente, des entreprises à but purement lucratif profitent des loisirs des jeunes travailleurs pour les exploiter, les démoraliser, les abrutir. Les cabarets, les dancings, les cafés-concerts, les cinémas, les librairies, les journaux sportifs et « amusants » deviennent de vastes entreprises commerciales qui gagnent des millions en abusant de l’inexpérience, de la légèreté, de l’abandon dans lesquels vivent les jeunes travailleurs. Tout ce qui tombe sous les yeux de ces derniers, les affiches, les réclames, et les annonces; tout ce qu’ils entendent dans les trains, pendant les trajets, à la maison; les exemples qui s’étalent devant eux, tout excite et entraîne aux plaisirs défendus, à la volupté et à la jouissance.
c) Les camaraderies qui se nouent sans contrôle et sans surveillance, les fréquentations qui sont favorisées par le laisser-aller et par le relâchement des mœurs, les jeux pour de l’argent, transforment les repos, les soirées, les dimanches et les jours fériés en autant d’occasions de démoralisation. L’exiguité des appartements oblige les jeunes gens et les jeunes filles à sortir, à s’amuser au dehors. Les hauts salaires facilitent les dépenses, quand il n’y a pas de frein moral pour les arrêter.
d) Le bon emploi des loisirs suppose l’organisation des jeunes travailleurs qui seule pourra lutter contre les plaisirs mauvais coûteux et stupides en procurant des distractions, des récréations, des fêtes, des soirées combinées avec une éducation plus adaptée. C’est une œuvre difficile et longue. Et au début, nous devons évidemment éviter de disperser les efforts des sections trop jeunes. Il faudra des locaux, des salles de réunions, de lecture, de spectacle, de fêtes. Il faudra des excursions, des visites en groupe aux musées, aux expositions, aux monuments. Il faudra des sections de football, des sections de gymnastique, de dramatique, de chorale. Rien, en effet, ne sert de réagir contre les mauvais plaisirs, si on n’organise pas de bons plaisirs. L’homme et surtout le jeune homme et la jeune fille ont besoin de se distraire, de se récréer et de s’amuser comme de boire et de manger.
e) Plus les amusements seront organisés par les groupes sociaux eux-mêmes, avec un esprit nettement éducatif et social, moins les amusements mauvais resteront attrayants. Parfois, ces réunions récréatives seront réservées aux jeunes gens et aux jeunes filles, parfois elles seront de véritables réunions familiales où toutes les familles ouvrières et tous les membres de la famille communieront dans des manifestations communes d’art, de sports, de récréation et de joie. Et tout le village, toute la commune, toute la paroisse et même toute une région participera parfois à ces fêtes publiques, organisées par les différents groupes sociaux ou par toute la communauté sociale organisée et la religion prendra sa place naturelle dans ces manifestations publiques pour les bénir et pour les sanctifier. Et l’amusement au lieu d’être exploité comme il l’est actuellement par des trafiquants du vice et des bas instincts, sera employé par des apôtres sociaux, désintéressés, comme moteur de relèvement et comme ciment d’apaisement social.
II. LES VOEUX.
La J. O. C. demande :
1° que toutes les sections mettent à l’ordre du jour la question des loisirs des jeunes travailleurs;
2° que toutes les sections tâchent dans la mesure du possible d’avoir des locaux, des salles de réunions et de lecture où les membres et les jeunes travailleurs de la paroisse et de la commune puissent venir passer leurs soirées et leur dimanche;
3° que ces locaux soient aménagés de telle sorte que tout en offrant les distractions les plus variées aux jeunes travailleurs, ils présentent en même temps des possibilités de réunions éducatives et de lectures de journaux, d’illustrés et de livres;
4° que l’organisation et l’entretien de ces locaux soient tellement soignés qu’ils servent à l’éducation esthétique et générale de ceux qui les fréquentent;
5° que toutes les sections organisent des soirées récréatives et éducatives avec représentations dramatiques, exécutions musicales et chorales, projections lumineuses ou cinématographiques;
6° que de temps en temps ces réunions récréatives ne soient pas seulement réservées aux membres et à leurs familles, mais à tous les habitants;
7° que des excursions, des visites aux musées, aux expositions, aux monuments, soient organisées en groupe, que tous les groupes dans la mesure du possible, organisent des sections d’agrément, des dramatiques, des chorales, des gymnastiques, des équipés de foot-ball, ou qu’elles examinent la collaboration avec les sociétés d’agrément catholiques existantes dans la paroisse ou dans la commune;
8° que tous les Pouvoirs Publics et tous ceux qui s’intéressent au relèvement moral et général des jeunes travailleurs accordent de larges subsides à tous les essais sérieux pour utiliser les loisirs des jeunes travailleurs.
7. Les Vacances et les Séjours au Grand’ Air.
I. LES MOTIFS.
a) La question des des vacances pour jeunes ouvriers peut paraître accessoire, et même démagogique, à ceux qui ne connaissent pas les conditions de la vie de travail de nos jeunes adolescents dans les grands centres. Quiconque veut comparer sans parti pris la vie des jeunes salariés à celle des collégiens et étudiants, reconnaîtra volontiers que les vacances sont aussi nécessaires à ceux-là qu’à ceux-ci. Quand pendant cinquante semaines, le jeune travailleur a répété les mêmes gestes à l’usine, fréquenté des cours du soir, respiré l’air de l’usine, il n’est pas trop de deux semaines par an pour fuir la ville et la région industrielle et s’en aller à la campagne se refaire des poumons plus sains, des yeux plus clairs et des âmes plus fraîches.
b) Les vacances ne sont pas un luxe pour les jeunes ouvriers, elles sont un relais nécessaire avant l’étape nouvelle souvent difficile. Quiconque a organisé des vacances au grand’air avec un groupe de jeunes ouvriers, a pu constater les effets bienfaisants, souvent les transformations totales pendant ces jours de détente et de vie au grand’air. Et cette influence bienfaisante ne se manifeste pas seulement au point de vue physique, mais aussi au point de vue moral et social. Mais pour cela, il faut que les vacances soient organisées.
c) Deux ou trois semaines de « camping » ou de séjour aux bords de la Semois retapent physiquement et souvent moralement des jeunes gens et des jeunes filles qui pensaient qu l’unique plaisir de la jeunesse était le dancing, le cinéma, les fréquentations souvent coupables. Certes, il faut pour de telles vacances, préparer des monitrices ou des moniteurs, des chefs exercés qui soient de véritables animateurs, qui puissent provoquer les confidences salutaires, qui sachent entraîner à des chants d’ensemble, à des jeux de société, à des excursions qui ravissent les yeux et ravigotent les membres.
Pendant ces jours bénis, l’esprit d’association et même de dévouement se développe tout naturellement parmi les participants aux vacances en groupe. Et les conversations collectives sont des occasions propices pour discuter amicalement des questions morales et religieuses qui pénètrent plus facilement dans les esprits ouverts. Et la prière en commun, comme l’assistance collective à la Messe du village et même les communions générales non pas imposées ni surveillées, mais suggérées et amenées simplement, révèlent souvent à des âmes ignorantes le réconfort de la vie religieuse.
II. LES VOEUX.
La J. O. C. demande :
1° que des vacances payées, accordées pendant deux ou trois semaines, à tous les adolescents salariés, de préférence en été ou en automne, soient organisées;
2° que la J. O. C. organise à ces époques des séjours au grand’air, de préférence dans les Ardennes ou en Campine;
3° que toute une organisation de vacances, combinant l’effort collectif des membres avec les subsides des mutualités, des caisses de compensation, des pouvoirs publics et des soirées payantes prévoie la constitution méthodique d’un budget couvrant les frais des vacances.
8. Le Service Militaire des Jeunes Travailleurs.
I. LES MOTIFS.
a) Bien des questions se posent à l’occasion du service militaire des jeunes travailleurs. La préparation à la vie de caserne, comme la préservation pendant le séjour à l’armée sont à étudier sérieusement.
b) Il est à souhaiter que nos casernes deviennent de véritables centres d’éducation, et que tous les chefs d’armée depuis les officiers jusqu’aux caporaux, soient de véritables éducateurs. Il suffit d’avoir entendu certains propos; d’avoir été témoin de certaines scènes pendant les exercices, les instructions, ou les repas; d’être au courant des certaines soi-disant mesures de prophylaxie, pour mesurer la distance qui sépare la vie militaire d’une vie véritablement éducative. S’il s’agit avant tout à l’armée de faire de nos jeunes gens des défenseurs généreux de la patrie, ce but ne sera complètement atteint que le jour ou la caserne et la vie militaire, loin d’entraver la formation générale, morale et religieuse des jeunes gens, seront tout au contraire une école nouvelle où un patriotisme sainement compris inculquera aux citoyens une discipline, une générosité, une émulation pouvant aller jusqu’au véritable béroïsme.
c) Le service militaire doit donc épanouir, au lieu de les amoindrir, les vertus morales et religieuses du jeune soldat. L’atmosphère de la caserne, la tenue des chambres, l’ordre du jour, les réfectoirs, les cours, l’éducation hygiénique, l’instruction militaire proprement dite et surtout l’utilisation des loisirs devraient faciliter au jeune homme une tenue morale et une vie religieuse qui satisfassent les exigences les plus sévères. Les efforts remarquables de nos dévoués aumôniers militaires doivent être encouragés et soutenus.
d) Il ne faut pas non plus que le service militaire rompe tous les liens qui relient le jeune homme avec la famille, la profession, le milieu social et les influences bienfaisantes qu’il subissait jusqu’à ce jour. Bien au contraire, pour autant que c’est possible, le service militaire doit consolider ces liens. L’armée doit être organisée de telle sorte que le milicien puisse employer et même développer ses qualités professionnelles acquises, qu’il puisse suivre des cours professionnels, qu’il fréquente les réunions des groupements auxquels il appartient. Alors l’entr’aide, l’émulation, seront plus faciles, les relations avec la famille et la J. O. C. amèneront une influence bienfaisante et une vie religieuse plus intense.
e) Pourquoi ne pas avoir le courage de dénoncer les conversations scabreuses et les chansons grossières qui souillent parfois l’uniforme du jeune militaire? Se croit-il émancipé et vraiment à la page, quand dans les compartiments de trains, en groupe dans les cabarets, le milicien épate les bourgeois ou les civils par des propos orduriers ou par des chants crapuleux? Qui aura le courage de réagir, d’entonner les chants gais et alertes et fiers, d’entretenir des conversations agréables, joyeuses, instructives et dignes? L’exemple de quelques copains audacieux suffira pour faire taire les mal embouchés. Et surtout que les chrétiens aient la fierté de leur religion et exigent crânement, non seulement le respect de leurs convictions, mais la possibilité de vivre une vie surnaturelle intense, facilitée par l’usage fréquent des sacrements.
II. LES VOEUX.
La J. O. C. demande :
1° que toutes les sections locales donnent aux futurs miliciens une préparation militaire sérieuse, et vraiment efficace;
2o qu’avant le départ pour l’armée les secrétaires locaux informent le secrétariat général de l’adresse exacte des J. O. Cistes dans leur ville de garnison;
3o que tous les J. O. Cistes appartenant à la même garnison, s’efforcent de continuer entr’eux les relations de camaraderie chrétienne qui les unissaient à leurs compagnons des sections locales et des fédérations régionales;
4° que tous les J. O. Cistes miliciens suivent, pendant leurs loisirs, les réunions de J. O. C. et d’A. C. J. B. tenues dans leur ville de garnison, et fréquentent les cercles militaires;
5° que les sections locales restent en relations constantes avec leurs J. O. Cistes miliciens;
6° que les autorités militaires organisent le service de manière à faciliter le perfectionnement professionnel des jeunes travailleurs et à permettre la fréquentation intense des Sacrements;
7° que toutes les mesures soient prises pour écarter des chambrées, des cours, des exercices, des casernes, les illustrés, les livres, les enseignes qui pourraient corrompre les jeunes miliciens et propager parmi eux des habitudes vicieuses;
8° que les autorités militaires à quelque grade qu’elles appartiennent soient de plus en plus conscientes de leur immense responsabilité vis-àvis des milliers de familles qui leur confient la vertu, l’honneur, la santé et l’avenir de leur fils:
9° qu’une attention particulière soit portée à l’enseignement et à la propagation des chants gais, entraînants, mais dignes et fiers aux futurs miliciens et aux jeunes militaires.
V. ANNEXE.
La Question des Jeunes Travailleuses.
C’est à la J. O. C. F. qu’il appartient de tracer le programme national des jeunes travailleuses. Pourtant les jeunes travailleurs sont trop intéressés à l’avenir moral, physique et religieux de leurs jeunes sœurs de travail pour ne pas se préoccuper de leurs devoirs fraternels vis-à-vis de celles qui doivent être demain leurs épouses et les gardiennes de leur foyer. Voilà pourquoi la J. O. C. doit s’appliquer à tous ses degrés et dans toutes ses sections à aider l’œuvre d’organisation et de relèvement des jeunes travailleuses.
Et d’abord il faut inculquer à tous les jeunes travailleurs le sentiment du respect, de l’estime et de la considération pour toutes les ouvrières, quelque soit leur rang et leur profession. Tout relâchement à cet égard doit être considéré comme un manque de sentiment chevaleresque qui doit inspirer aux jeunes travailleurs l’ambition de défendre l’honneur, la réputation et la vertu des jeunes filles de la classe ouvrière. Il faut faire comprendre aux jeunes gens qu’il s’agit là d’un dépôt sacré sans lequel le relèvement de la classe ouvrière est impossible.
Que de progrès à réaliser sous ce rapport. Qu’on surveille les conversations qui détruisent la dignité de la jeune fille, qu’on proscrive les chansons qui portent atteinte à la réserve due à la compagne de travail, qu’on persiffle et qu’on pourchasse le vantard qui se targue de sa corruption! Le jeune homme vicieux, loin d’avoir du succès auprès de ses compagnons de travail, devrait être écarté comme un malheureux atteint d’une maladie contagieuse ou comme un malfaiteur et un criminel. Que les livres, les illustrés, les films, les plaisirs où l’honneur et la vertu des jeunes ouvrières sont flétris et bafoués, soient dénoncés, poursuivis et boycottés sans pitié! C’est aux vaillants, aux chastes et aux purs à entreprendre cette guerre sans trève ni merci. Ils doivent mettre les railleurs de leur côté. C’est une croisade enthousiaste à entreprendre pour transformer les mœurs publiques.
La J. O. C. demande :
1° que toutes les sections s’appliquent à inculquer aux jeunes adolescents le respect, l’estime et la considération de leurs jeunes compagnes de travail;
2° que tous les J. O. Cistes luttent avec vaillance contre tout ce qui, dans les conversations, dans la tenue et dans les amusements peut porter atteinte à l’honneur et à la vertu de la jeune fille;
3° que tous les J. O. Cistes n’hésitent pas à protester en public contre les abus existant dans certaines usines à personnel mixte, et contre certaines affiches, certains films, certains publications ou certaines maisons qui souillent l’honneur de la jeune fille et provoquent à la débauche;
4° que les égards rendus à la jeune ouvrière soient la caractéristique la plus belle de tout vrai J. O. Ciste!
VI. CONCLUSION.
Ce programme étendu est loin d’épuiser la question de l’organisation et du relèvement des jeunes travailleurs. La réalisation des vœux qui y sont exprimés ne sera pas l’œuvre d’un jour ni peut-être d’une génération.
C’est une tâche immense à réaliser. Ce programme n’est encore que la perspective ou l’ébauche de l’institution magnifique qui doit un jour abriter, former, défendre et représenter toute la jeunesse ouvrière chrétienne organisée. Puisse Dieu bénir ce programme! Puisse le Divin Ouvrier de Nazareth inspirer et soutenir les jeunes apôtres qui veulent faire rayonner parmi leurs compagnons l’influence bienfaisante de sa doctrine de Rédemption! Puissent les représentants de l’Eglise, à qui la J. O. C. soumet respectueusement ce programme, accorder leur puissant patronage à une organisation qui se propose d’épanouir l’Action Catholique parmi des jeunes travailleurs de notre pays.